America so beautiful

Film américain de Babak Shokrian

Avec Mansour, Alan DeSatti, Houshang Touzie, Diane Gaidry


Sélection officielle aux festivals de Berlin, Marrakech, Woodstock, Los Angeles.


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 30-04-2003

Durée: 1h30

 

" American way of discrimination "

Avec America so beautiful, Babak Shokrian nous livre, en un premier long-métrage à résonances autobiographiques, sa vision très lucide des tentatives d’intégration de la communauté iranienne, en pleine crise internationale, dans la société américaine de la fin des années 70.

Parler d’immigration pour le réalisateur d’origine iranienne, c’était avant tout en repérer les comportements, les rêves et les fantasmes : et c’est à travers le parcours initiatique du jeune Houshang, dans le Los Angeles de 1979, où fait rage le crise iranienne sur fond d’âge d’or du disco, que Shokrian nous introduit dans ce monde paradoxal des jeunes immigrants iraniens. Car ce dont rêve Houshang, bien plus que de retourner au pays après la crise, c’est de devenir une figure des nuits de Los Angeles. Or seule la communauté iranienne et ses amis peuvent lui apporter le soutien financier nécessaire pour s’offrir l’objet de ses fantasmes, une discothèque branchée de la ville. D’échecs en désillusions, Houshang va bientôt prendre conscience de ce qu’est réellement le rêve américain.

Sur fond de crise iranienne, dont le déroulement jour par jour ponctue la chronologie du film et préside à une montée en tension qui mène habilement à l’impasse finale, America so beautiful nous offre un portrait intéressant de ces jeunes immigrés iraniens en mal d’identité, partagés entre une culture maternelle traditionnelle et une société d’adoption aux valeurs capitalistes. D’où ce contraste tragi-comique entre le monde aussi modeste que pittoresque de la " famille " iranienne, et la vacuité du monde voyou et flambeur des discothèques, où l’argent n’a pas d’odeur.

Mais si l’ambiance disco du film permet à Shokrian de parler d’intégration sans sombrer dans le drame social, elle frôle parfois (par les effets de montage qu’elle autorise) une certaine facilité, qui pourrait laisser préjuger de quelques lacunes dans la mise en scène. En tous cas, ce style " clipé " ne parvient pas à masquer le caractère conventionnel du scénario, et ce malgré une fin un peu plus inattendue.

En bref, de bonnes idées sous-tendent le film, mais l’ensemble manque réellement de dynamisme et d’émotion.