Antwone Fisher

Film américain de Denzel Washington

Avec Denzel Washington, Derek Luke





Par Christophe Chauvin
 
Sortie le 16-04-2003

Durée: 1h57

 

Antwone Doinel…

Premier film réalisé par le double oscarisé Denzel Washington, Antwone Fisher est un film très sincère et juste, mais qui souffre d’une réelle volonté de (trop) bien faire et d’une certaine naïveté propres à de nombreux films américains.

Écrit par Antwone Fisher lui-même, le film raconte l’histoire de ce jeune homme noir qui, engagé dans la marine, est envoyé chez un psychiatre, Jérôme Davenport, pour cause de comportement violent à répétition. Ayant subi des traumatismes importants pendant son enfance et son adolescence, Antwone réussit peu à peu, grâce à Davenport, à en évacuer les séquelles.

Privilégiant l’aspect cathartique de la relation entre Fisher et Davenport, Denzel Washington nous épargne un récit (mélo)dramatique et édifiant de la vie du jeune homme. Il parvient bien au début à retranscrire (notamment par une mise en scène très judicieuse qui relie peu à peu les deux personnages dans un même cadre) les liens qui se tissent entre le psychiatre et le jeune marine. Les scènes de confrontation entre Denzel Washington et le prometteur Derek Luke sont très réussies . Elles montrent avec beaucoup de finesse l’évolution de leur relation : de la méfiance à la confession intime, de la supériorité hiérarchique à l’égalité entre individus. D. Washington y est d’ailleurs, comme toujours, parfait et s’affirme une nouvelle fois comme un des meilleurs acteurs noirs américains actuels (aux côtés de Dennis Haysbert ).

Néanmoins, le réalisateur peine à montrer, autrement que par des clichés, l’évolution psychologique de son personnage principal : susceptible et énervé au départ, Antwone arrive désarmais à se canaliser ; frustré avec les femmes avant cette " cure ", il sort désormais avec un jolie fille. Autant de scènes un peu ridicules, très naïves (la fille, souvent à la limite du crédible, semble tout droit sortie d’une série TV) et vues des dizaines de fois qui tranchent avec la subtilité de certaines séquences, moins importantes mais beaucoup plus puissantes et émouvantes (le dîner de Thanksgiving par exemple). Denzel Washington a du mal à se démarquer d’un premier degré un peu lourd et semble vouloir, par bonne conscience, nous mettre constamment les points sur les " i ". Ainsi, là où un regard aurait suffi, les dialogues se succèdent pour nous expliquer, par des mots, ce que nous devrions comprendre par l’image, tout comme la musique qui prend le relais des images pour combler un certain vide émotionnel.

Le réalisateur semble également hésiter constamment entre un film exclusivement centré sur Antwone Fisher et un film qui voudrait illustrer un exemple universel. En d’autres termes : plus que par le récit de cet homme en particulier, on peut penser que D. Washington a été touché par le " message " universel que délivre cette histoire (en bref, tout le monde peut s’en sortir et réussir avec de la volonté et du courage). Ainsi, on aurait pu s’attendre, comme dans Will Hunting avec lequel la comparaison ne pourra être évité, à une fin ouverte. Le film se serait alors clos sur la fin de la thérapie entreprise. Malheureusement, le réalisateur choisit de poursuivre le récit de la vie du jeune homme en décrivant avec complaisance les retrouvailles avec sa famille. Le fait d’attacher autant d’importance à " l’après " renvoie le film, selon moi, à une dimension très sentimentale, trop personnelle et témoigne d’une volonté, assez incompréhensible finalement, de raconter " l’histoire d’Antwone Fisher " et pas une autre. On pourra alors plus d’une fois s’étonner de la banalité de l’histoire en elle-même (quoique bien sûr, émouvante et dure) et regretter que le réalisateur-acteur n’ait pas envisagé son film d’un point de vue plus général et moins " voici la vie de… ". Antwone Fisher est en fait un peu ce qu’on pouvait redouter de 8 mile (qui finalement parle à peu près de la même chose) : un récit élogieux et insistant sur l’aspect dramatique de la vie d’une personne.

Denzel Washington fait preuve avec ce premier film d’un réel sens de la mise en scène et de qualités certaines pour raconter les histoires, mais on pourra lui reprocher quelques partis pris scénaristiques, ainsi qu’un mauvais penchant pour le " tire-larmes " facile…