Il est plus facile pour un chameau...

Film français de Valeria Bruni-Tedeschi

Avec Valeria Bruni Tedeschi, Chiara Mastroianni, Jean-Hugues Anglade, Denis Podalydès





Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 16-04-2003

Durée: 1h50

 

 

Me, myself and I

Il est dit dans l’Evangile : " il est plus facile pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille que pour un riche d’entrer au Royaume des cieux ".

Après avoir figuré au générique de Ah, si j’étais riche de Michel Munz et Gérard Bitton, par un jeu de hasard, Valeria Bruni Tedeschi, a choisi, pour sa première réalisation, un sujet qui en est l’exact opposé : la richesse au lieu d’être souhaitée, est déplorée (parti pris nettement plus ambitieux).

S’il est permis d’être sceptique quant à l’efficacité persuasive du film sur ceux qui penseront dès le début qu’on ne peut pas s’apitoyer sur le sort des gosses de riches, en revanche, pour les autres, il est possible de dépasser le ressentiment (s’il y en a) et d’interroger cette culpabilité.

Se jouant de la tentation du narcissisme, Valeria Bruni Tedeschi se met en scène à travers un questionnement plus proche de l’autoportrait que de l’autobiographie: trop aimée par son père, Federica, petite fille riche, éprouve des difficultés à exister par elle-même. Elle est elle-même décidée à mordre dans la chair alanguie de l’époque. Le petit monde de Federica sent l’éclatement de la famille et le désengagement amoureux, entre errances, carences, désœuvrement, servitude involontaire, aliénation. L’absence de pudeur, salutaire, est un peu gâchée par des souvenirs d’enfance fantasmés, peut-être dispensables.

C’est avec une joie sans cesse renouvelée que l’on retrouve dans le cinéma français les mêmes acteurs, " employés " avec plus ou moins de brio. Ici le casting fonctionne impeccablement : Valeria Bruni Tedeschi herself, en dramaturge italo-française, Jean-Hugues Anglade, fiancé coco déculpabilisant (ce qui n’empêche pas les sentiments), Denis Podalydès, vieil amant sur le retour, Chiara Mastroianni, jeune sœur sur les nerfs. Un sourcil est haussé à l’apparition inopinée de Lambert Wilson en italien dilettante.

Si l’on n’en finit plus d’assister aux débuts de comédiens derrière la caméra, celle-ci n’est pourtant pas frappée d’inconsistance : Tedeschi, novice, a pris soin de s’entourer de Noémie Lvovsky (La vie ne me fait pas peur) et du réalisateur italien Mimmo Calopresti (Je préfère le bruit de la mer). Il est plus facile pour un chameau pas loin de la comédie parisiano-nombriliste (pour ceux que le genre agace) n’est pas forcément déplaisant.