Baghdad on/off

Film français de Saad Salman

 
Sortie le 23-04-2003

Durée: 1h26

 

Murmure ton triste chant d’amour

Automne 2002. Saad Salman, cinéaste et écrivain irakien, exilé en France depuis 30 ans, retourne clandestinement dans son pays. Il tente de rejoindre Bagdad en passant par le Nord. Réalisé dans des conditions insensées, le film, de l’aveu même de l’auteur, n’est pas un pseudo reportage sur l’Irak. C’est un récit fragmentaire, escarpé et cahotant comme les chemins pour le moins sinueux du Nord-Kurdistan. Road movie subjectif et néanmoins politique, ce témoignage dissonant n’a rien d’un manifeste. Aucune rage, aucune haine ne suinte du film, aucune thèse implicite ne vient plomber la démarche du cinéaste.

Simplement, Saad Salman filme, avec talent, mais sans coquetterie, un monde hétéroclite et dévasté. Témoignages impromptus, minuscules aperçus et segments de vie s’enchaînent suivant un " scénario " plus ou moins dicté, semble-t-il, par les aléas du voyage. Au gré des rencontres, on apprendra ainsi qu’en Kurdistan irakien, une mère a toujours perdu un ou plusieurs fils, que les hommes ont parfois le visage curieusement asymétrique (une oreille en moins); que le vocabulaire local, sous Saddam, s’est enrichi d’un nouveau verbe : " anfaler " ( " nous avons été anfalés ", de " Anfal ", nom d’un verset du Coran, qui signifie " butin ", prélever un butin sur un " ennemi "). " Anfaler " signifie désormais  : " génocider ". Parfois, les images sont splendides ; quelquefois " sales "(tournées en DV, à la hâte), souvent douloureuses à l’unisson des sublimes paysages du désert irakien.

" Hurle ton triste chant d’amour " dit la chanson du générique final. Saad Salam ne "  hurle " pas son amour pour l’Irak. Il le murmure dans un film-mélopée à la fois juste et poignant.