L'Arche russe
Russian Ark

Film russe de Alexander Sokurov

Avec Sergei Dreyden, Maria Kuznetsova, Leonid Mozgovoy





Par Henri LanoŽ
 
Sortie le 19-03-2003

Durée: 1h36

 

Archi Russe

Ce film exceptionnel a du mal à entrer dans une catégorie: L’Arche Russe n’est pas vraiment une fiction puisqu’il n’y a pas à proprement parler de scénario, il y a des personnages mais pas vraiment d’acteurs, ce n’est pas non plus un documentaire puisqu’on visite un Musée sans voir réellement les œuvres… Une seule certitude: depuis La Corde d’A. Hitchcock, c’est le plus beau plan séquence de l’histoire du Cinéma, surpassant les ouvertures de La Soif du Mal ou de The Player qui étaient limitées aux 10 minutes de la première bobine de projection.

Ici, Alexander Sokurov nous offre 96 minutes ininterrompues d’une caméra lyrique et aérienne traversant les siècles et les salles de l’Ermitage, à Saint Pétersbourg, dans une mise en scène virtuose qui doit beaucoup au talent de l’opérateur allemand Tilman Büttner, responsable de cet extraordinaire tour de force. J’ai cherché, durant la projection, à quels endroits pourraient se raccorder les différentes prises (mouvements au ras des tableaux ou passage de personnages faisant volet), mais je n’ai rien trouvé. A moins d’envisager un improbable " motion control " de 96 minutes (c’est-à-dire une caméra guidée immuablement par ordinateur après mémorisation des mouvements) il faut bien croire les déclarations du réalisateur qui affirme qu’il y a eu beaucoup de répétitions, mais seulement deux prises! (On imagine le stress et la pression qui devaient écraser techniciens et comédiens à mesure qu’ils approchaient des scènes qui allaient intervenir dans les dernières minutes d’une prise de vues commencée depuis 1 heure et demie).

Mon inculture sur l’histoire russe ne m’a pas permis d’apprécier totalement les qualités de ce récit déstructuré qui mélange hardiment les époques, mais cette lacune n’empêche pas d’admirer ce spectacle aux antipodes des films minimalistes qui sévissent de plus en plus, sans parler de ceux où des plans insignifiants s’incrustent interminablement sur l’écran, sans que personne n’ose les couper.

Je crois que seul le cinéma Panthéon, à Paris, projette ce film-exploit. Comme on dit: dépêchez-vous, il n’y en aura pas pour tout le monde… (Du moins, je l’espère.)