Cypher

Film américain de Vincenzo Natali

Avec Jeremy Northam, Lucy Liu





Par Christophe Chauvin
 
Sortie le 26-03-2003

Durée: 1h35

 

The Truman fight club in the dark city

Le deuxième film de Vincenzo Natali, après l’original et très convaincant thriller mathématique Cube, Cypher (Natali doit être un fan de Matrix car le titre n’a absolument rien à voir avec le film!) est raté.

Le film raconte l’histoire d’un homme qui, lassé d’une vie familiale et professionnelle banale, décide de s’engager en tant qu’espion au service de Digicorp, une mystérieuse société spécialisée dans le renseignement industriel. Ainsi, il doit se rendre à différents salons et séminaires pour espionner la concurrence. Très vite, il va se rendre compte qu’il est, depuis longtemps, manipulé…

Illusion, manipulation, critique de la société de consommation et de la concurrence féroce: autant de thèmes, déjà traités dans les récents et réussis The Truman Show (P. Weir) ou Demonlover (O. Assayas), que voudrait aborder Cypher. Cependant, la comparaison s’arrête là, tant ce dernier se révèle inconsistant et peu destiné à faire réfléchir. Les qualités du film ne sont donc vraisemblablement pas à chercher de ce côté-là. En effet, Cypher semble être avant tout, tant sur le plan visuel que scénaristique, une grossière copie, un mauvais condensé de films récents traitant, plus ou moins à leur façon, de la manipulation: un zeste de Truman Show et de Bienvenue à Gattaca pour le héros conditionné à vivre dans une certaine société, une touche de Dark City pour les substitutions de pensées (la scène de " lobotomisation des cerveaux " est presque ouvertement un plagiat de ce dernier et d’Orange mécanique) et enfin, une dernière pointe de Fight Club pour pimenter le tout et rajouter un petit brin de schizophrénie à l’affaire! Malheureusement, Natali ne fait que reproduire, qu’effleurer son sujet et fait ici preuve d’un académisme déconcertant.

Le réalisateur se présentait pourtant avec Cube comme un artiste à part entière ayant réussi, avec un remarquable sens du cadre et une narration au compte-gouttes brillante, à instaurer un véritable climat d’angoisse. Ici, il n’en est rien et Natali peine à rentrer dans la noirceur voulue d’un Dark City. Pourtant, Natali n’est pas un piètre metteur en scène: la première scène, laconique et très efficace, est très réussie. Le réalisateur y installe un climat mystérieux, entre réalité et fiction, renforcé par un montage rapide judicieux et une photo en clair-obscur. L’entrée laissait donc présager mieux. Malheureusement, le film ne tient pas la route et devient vite grotesque, aussi bien sur le plan de la photo (soulignant grossièrement le côté intemporel et irréel du film et en le rendant finalement, assez moche) que sur le plan des dialogues, souvent à la limite du ridicule, entre un Jeremy Northam en ˇ permanent et en vieux séducteur, et une Lucy Liu, qui se la joue " femme fatale en habit matrix", assez pitoyable! Natali semble bien s’être perdu, tout comme son personnage, dans les méandres de son histoire et, à force de vouloir tout complexifier, n’a rendu son film que plus simple: il n’y a tout simplement plus rien à comprendre tant les inutiles rebondissements voulus par le réalisateur ne paraissent avoir finalement aucune explication plausible ou aucune justification intéressante… En deux mots, pas la peine de se triturer les neurones pour trouver la solution, il n’y en a pas…

Cypher est donc une grosse déception concernant un réalisateur qui affiche pourtant de véritables qualités (son goût des formes géométriques et de la symétrie le rapproche d’ailleurs d’un certain Kubrick…). Et si Cypher a coûté au moins deux fois plus cher que Cube, il n’en reste pas moins le parfait exemple que la qualité d’un film peut être inversement proportionnelle à son budget…