Chicago

Film américain de Rob Marshall

Avec Renée Zellweger, Catherine Zeta-Jones, Richard Gere


D’après la comédie musicale " Chicago " de Bob Fosse, Fred Ebb et John Kander et d’après la pièce de Maurine Dallas Watkins


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 26-02-2003

Durée: 1h55

 

" Chicago, Chicago "

Ces dernières années ont vu revenir sur les écrans, à Hollywood comme en France, la mode des comédies musicales… Avec plus ou moins de succès. On appréciera ou non le kitsch propre au genre et les débuts lyriques de certains comédiens…

Quoi qu’il en soit, sur ce terrain, les américains n’en finiront pas de nous épater: quand, après le sulfureux Moulin Rouge, Hollywood décide de s’attaquer à une oeuvre aussi culte à Broadway que le Chicago de Fosse, Kander et Ebb, on ne lésine pas sur les moyens… C’est à l’ingénieux Rob Marshall, réalisateur et chorégraphe à succès pour la télévision qui signe ici son premier long-métrage, que revient la lourde tâche d’adapter ce spectacle. Un défi qu’il relève brillamment.

On retrouve toute la fraîcheur, le mordant et l’humour noir de l’histoire qui fit autrefois le succès de la comédie originale (la comédie musicale des années 70 était elle-même adaptée d’une pièce de théâtre des années 20), combinant habilement les éléments du film noir avec ceux de la satire: la blonde Roxie Hart, fascinée par le monde frénétique du cabaret qui fait vibrer la ville de Chicago en 1929, rêve de monter sur scène. Sous son apparente candeur elle cache un arrivisme effréné: aussi, quand un amant indélicat ne tient pas sa promesse de lui faire rencontrer un directeur de théâtre, elle n’hésite pas à l’abattre. En prison, elle retrouve son idole, la brune et sensuelle Velma Kelly, elle aussi accusée de meurtre. Commencent alors crêpages de chignons et concours de minauderies pour conquérir la presse, les jurés et leur machiavélique chef d’orchestre, le brillant avocat Billy Flynn…

Sur la base de cette savoureuse intrigue, qui offre une euphorique satire de la presse et de la justice américaines ainsi que, de façon plus sombre, de l’idolâtrie et de la perversion de la célébrité, Rob Marshall fait de Chicago un film remarquable, par son esthétique, son interprétation et ses trouvailles scénaristiques. Car c’est avec une grande ingéniosité que le réalisateur chorégraphe a su adapter l’illustre comédie musicale pour le cinéma. Non seulement il a évité de la trahir, mais il a réussi surtout à l’enrichir d’une dimension cinématographique incontestable: pour conserver l’aspect théâtral du spectacle original conçu comme une revue de music-hall, sans plomber le film, évitant la lourdeur et le kitsch des transitions entre les scènes parlées/chantées, Rob Marshall a transformé les numéros musicaux en projections mentales de Roxie Hart. Le film se déroule ainsi sur deux niveaux: la réalité de Chicago en 1929, de la vie carcérale et procédurière de Roxie; la vision fantasmatique de la jeune femme, qui voit sa vie imaginaire défiler sur la scène de l’Onyx Club, dans les séquences musicales reprises du spectacle original.

 

Fort de cette astuce scénaristique, Rob Marshall en a fait un véritable credo esthétique: se servant du moindre mouvement de tête comme du moindre effet de lumière, et poussant ses chorégraphies jusqu’au rythme du montage, il a ménagé des transitions d’une fluidité parfaite entre fantasmes et réalité, créant par là une dynamique qui donne au spectacle une dimension proprement cinématographique. Éclairages, costumes, palette des tons: la photographie est remarquable. Ajoutez à cela des chorégraphies fort bien menées et des comédiens épatants, vous obtenez Chicago!

Car c’est indéniable, le casting vaut la chandelle: chantant de leur propre voix et dansant de leur propre corps (si, si, deux mois d’entraînements, ça donne ses résultats…), Renée Zellweger, métamorphosée depuis Le Journal de Bridget Jones, nous livre une interprétation de Roxie Hart toute en finesse, pleine d’humour et de brio, alors que Catherine Zeta-Jones, qu’on sent ici totalement dans son élément, irradie de grâce et d’énergie; quant à Richard Gere, aussi à l’aise dans des claquettes que devant le barreau, l’ironie qui pointe naturellement à son sourire en fait un avocat véreux savoureux.

Bref, on l’aura compris, Chicago est un petit bijou. Pour les amateurs de comédie musicale, du moins…