Dark Water

Film japonais de Hideo Nakata

Avec Hitomi Kuroki, Rio Kanno


Grand Prix : Festival du film fantastique de Gérardmer 2003


Par Christophe Chauvin
 
Sortie le 26-02-2003

Durée: 1h37

 

Nakata : Lord of the Ring…

Après le flippant et désormais culte Ring, Hideo Nakata revient en France avec Dark Water. Plongée en apnée dans son nouveau film mais attention, sous l’eau, personne ne vous entendra crier…

Dark Water est en quelques mots l’histoire d’une mère en instance de divorce qui emménage avec sa fille de 5 ans dans un appartement peu cher et insalubre. Après quelques jours, elles se rendent compte que de l’eau suinte du plafond. Elles vont alors découvrir que d’étranges événements se sont déroulés quelques semaines auparavant, intimement liés avec leur situation personnelle.

Ainsi, plus qu’un film d’horreur ordinaire, Dark Water est avant tout un drame social et intimiste. Plus qu’une simple histoire de fantômes, c’est le récit de la vie d’une femme n’ayant pas encore résolu ses problèmes personnels, ceux de son enfance durant laquelle elle se sentit abandonnée. C’est le combat d’une femme contre des fantômes, ses propres démons matérialisés, pour que sa fille mène une vie normale, celle qu’elle n’a jamais eue. Le fantôme, d’apparence humaine, est donc une forme de personnification de la peur et joue ici le rôle de catharsis. On soulignera d’ailleurs ce moment magnifique où la mère serre le fantôme dans ses bras et où le film bascule d’une relation subtile entre une mère et sa fille à un véritable et cruel drame sur l’abnégation, le dévouement.

Les personnages de Dark Water vivent dans un univers médiocre où leurs traumas, leurs drames sont tangibles, crédibles, puisque d’abord humains. Bien que fantastiques, les films de Nakata sont fermement ancrés dans la réalité concrète. La façon dont il filme une porte ou un ascenseur par exemple, sous des angles et des perspectives originales, les fait devenir des personnages à part entière du récit. Le réalisateur fait ainsi surgir la peur à partir de choses triviales, quotidiennes. Pas d’effets spéciaux à outrance, pas de surenchère visuelle, Nakata plante sa caméra tel un virtuose et a compris que si l’essentiel est montré, la part que doit compléter l’imagination revêt encore plus d’importance. Il se pose en artiste du genre, réalisant chaque scène à la manière d’un peintre, installant insidieusement le suspense et l’angoisse avant de parvenir à l’horreur. Pour Nakata, la peur est bien lancinante, s’étendant sur la durée. Par-delà le superbe clin d’oeil à Shining de Stanley Kubrick, Dark Water est à rapprocher des Innocents de Jack Clayton ou encore de La Maison du diable de Robert Wise.

Nakata réalise donc avec Dark Water un film d’horreur superbe, confirmant ainsi sa place de maître de la nouvelle vague nippone, aux cotés de Kiyoshi Kurosawa ou encore Takashi Miike.