Delbaran

Film iranien de Abolfazl Jalili

Avec K. Alizadeh, R. Ebrahimi, H. Hashemian, A. Mahdari.





Par Eric Dagiral
 
Sortie le 27-03-2002

Durée: 1h36

 

Générique : plan de montagnes, musique trouée par des coups de feu, barbelés sur lesquels tombe un corps – le climat d’une guerre qui se déroule tout près.

Tout du long, seuls de rares indices rappelleront la tenue d’un conflit qui date déjà. Dans ces montagnes, le jeune Kaïm vit chez un vieux couple, reçoit un maigre salaire en échange de travaux de toutes sortes, et fait office de fils adoptif.

Delbaran est à peine un hameau situé à la frontière qui sépare l’Iran de l’Afghanistan, pays d’origine de Kaïm. Depuis des mois, celui-ci a fui les combats et grandi loin de sa famille éparpillée. Ces quelques informations sont disséminées au fil du récit qui ne livre d’autres éléments que ceux qui rythment les journées de l’enfant. Et des journées, il en passe. Régulières et répétitives, leur compte est brouillé, on ne sait si une heure, trois heures ou deux jours s’écoulent entre deux passages consacrés aux tâches vitales que sont la chasse, les multiples réparations, les déplacements incessants. Assurer son alimentation à l’aide du strict nécessaire, et faire face à l’éloignement et aux distances : le moindre " voisin ", le plus petit village… Donc, Kaïm court d’une foulée sûre et régulière sous le soleil, imperturbablement. Traverse l’écran sans relâche pour aller chercher de l’aide, un coup de main pour, tour à tour, une pompe à eau, une moto, des voitures, un camion. Tout n’a de cesse de tomber en panne, et le film s’ordonne autour de ces moments et de quelques saynètes immanquablement drôles qui en découlent. Le réalisateur repousse avec amusement le misérabilisme, et les personnages s’accommodent, par routine, de cet état de fait, à l’image des quelques regards de femmes insérés au montage.

De passage forcé par la route, contraints à l’arrêt par la mécanique, un médecin et son épouse vont séjourner brièvement à Delbaran, puis un groupe d’hommes en armes, prétextes à quelques questionnements, comme les fréquentes visites d’un policier obsédé par l’entrée d’Afghans sur le territoire iranien, qui entreront dans le quotidien de Kaïm.

Cette suite de micro-événements est logée dans une durée dilatée par un montage tour à tour sobre, nerveux et inventif, véritable guide du film. A. Jalili est à la fois scénariste, réalisateur et monteur de son travail. D’extraits musicaux tranchants en ralentis, le film s’étire et le " petit ange triste " et gueulard sera poussé par les événements à penser à la suite, à la place faite à un enfant dans cette région, comme dans tant d’autres.