La fleur du mal

Film français de Claude Chabrol

Avec Nathalie Baye, Benoît Magimel, Bernard Le Coq, Suzanne Flon, Mélanie Doutey.


Compétition officielle Festival de film de Berlin 2003


Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 19-02-2003

Durée: 1h44

 

Petits arrangements avec les morts

La Fleur du mal, c’est le portrait d’une famille malicieusement composée par Chabrol: Nathalie Baye, Bernard Le Coq, Benoît Magimel, Mélanie Doutey, et Suzanne Flon.

Le film débute par le plan d’une bogue (enveloppe de la châtaigne), hérissée de piquants. Image d’un monde clos… Qui s’y frotte s’y pique. Dès lors, il se décline tranquillement, comme les règles d’un jeu de Cluedo: un cadavre, des suspects, un environnement " responsable ", le bureau, le jardin d’hiver, la salle à manger. Il distille son venin, implacablement: chez les Charpin-Vasseur, les infamies vont bon train. Depuis plusieurs générations ils ont connu parricide, inceste, trahisons…

Les films de Chabrol sont la preuve incarnée que le thème récurrent de famille peut donner lieu à des traitements opposés: on est ici à mille lieux du cocon spielbergien. Néanmoins, si cette Fleur du mal bilieuse a moins d’attrait qu’il n’y paraît, c’est qu’il y plane quelque chose de vieillot: dialogues doucereux qui sentent trop l’écrit, absence de relief (certains parlent de " roman photo "). Sans doute manque-t-il au film une dimension dramaturgique attendue, car on nage ici – mais c’est tant mieux - à contre-courant des ressorts dramatiques convenus: pas de climax / anticlimax.

Plutôt l’eau qui dort.

L’Histoire est cyclique et le film s’inscrit dans un présent perpétuel. De fait, le générique de fin se superpose à une scène de réception: symbole de la comédie bourgeoise, modèle d’hypocrisie et d’aliénation toujours recommencée.

Chabrol pourrait partager avec Miterrand, outre la bonhomie retorse, le slogan de sa campagne de 1981: " la force tranquille ". Subtil et cruel, La Fleur du mal est un bon cru, sans être pour autant inoubliable.