Early Summer
Bakushu

Film japonais de Yasujiro
Film de 1951

Avec Hara Setsuko, Ryu Chishu, Awashima Chikage, Miyake Kuniko


Rétrospective Ozu Festival de film de Berlin 2003


Par Victor Aumont
 

Durée: 2h16

 

Une plage déserte, des vaguelettes à fleur de mer, le lent ressac, comme le triomphe de l’éternité: dans Bakushu, la première approche de la réalité, sereine, annonce une philosophie de la résignation. En fait, Ozu décrit avec une finesse et une exactitude cruelle la classe moyenne de l’après-guerre au Japon, son étiquette et ses valeurs.

Noriko partage un toit près de Tokyo avec ses parents, son frère, la femme et les enfants de celui-ci. Noriko est une jeune femme moderne: travaillant dans un cabinet d’avocats, elle est influencée par les modèles de la vie occidentale. Toutefois, comme il n’est pas souhaitable d’être encore seule à vingt huit ans, Noriko subit une forte pression de sa famille. Son groupe d’amies se scinde en deux: les femmes mariées et les célibataires. Noriko est malgré elle très respectueuse des traditions: si, dans son esprit, l’émancipation fait son chemin, c’est une aspiration encore extrêmement fragile. Un jour, on vante à Noriko un bon parti… La famille s’emballe. Noriko, pour finir, prend la décision d’épouser un veuf et de déménager en province, parce que le renoncement à une vie moderne n’est pas un renoncement à la liberté, mais au contraire une affirmation – douloureuse - de celle-ci. Il y a dans son personnage une magnanimité, dans son désir une pudeur, une crainte de blesser autrui, un respect et une attention envers sa famille.

Bakushu décrit le gouffre d’incompréhension qui progressivement et irréversiblement va séparer trois générations: celle des grands-parents que la vie a rendus indolents; celle des adultes (tout autant divisée entre les hommes, conservateurs, traumatisés par la guerre, et les femmes, représentantes du " Westernstyle "); enfin, celle des enfants, porteurs des valeurs de la société de consommation. Respect des formes, obséquiosité et compromis seront bientôt la seule réponse au fait que la communication n’est plus possible. Mais déjà s’esquisse l’âpre conflit – inédit au Japon - qui opposera les nouveaux enfants à leurs parents.

Tableau en apparence tempéré de la société, Bakushu révèle peu à peu, avec une clarté remarquable, l’écart de fond que tôt où tard la sociabilité et ses codes ne pourront plus combler.

A un moment, l’un des personnages avoue " nous pourrions être plus heureux ". Dans un monde codifié et régi par la peur de l’insécurité sociale, c’est comme si un grand pas venait d’être franchi…