La 25e Heure
The 25th Hour

Film américain de Spike Lee

Avec Edward Norton, Philip Seymour, Barry Pepper, Rosario Dawson


Compétition officielle Festival de film de Berlin 2003


Par Victor Aumont
 

 

La fin du mythe

Demain, heure pour heure, Monty (Edward Norton), trafiquant de drogue repenti, gagnera la prison pour purger une peine de sept ans. Sa dernière et longue journée, Monty la traverse seul ou en compagnie de proches, à la rame. Il faut rassembler ses forces: elles lui seront nécessaires, au trou…

On se méfie. Spike Lee est manipulateur et haineux. Les plans de la baie de New York, les travellings et la musique pompeuse qui les accompagne alourdissent l’image et donnent au ton mélodramatique quelque chose de plaqué. Mais rapidement, on est gagné par la mélancolie. L’éloquence de la mise en scène n’enlève rien à la brutalité avec laquelle Spike Lee confronte son personnage à lui-même. La lourdeur du film est cohérente: Monty est face à sa responsabilité, à ses regrets, à son avenir de détenu.

Le film relève d’une même contradiction, voire, d’une équivoque: " hommage " à l’identité de la nation - l’enfant bâtard de la planète - et mépris aussi. On se souviendra de la hargneuse logorrhée de Monty, dirigée contre toutes les ethnies de New York – overdose de gens, overdose de races, de cultures. Haine de soi – car New York, c’est le mélange indigeste qu’il a dans la peau – ou racisme? L’aura funèbre du Ground Zero, la béance effective qui tient lieu de World Trade Center renvoient au fantasme de Monty: raser New York.

Autour de Monty, le chien sauvé, le père, la petite amie portoricaine, dont Monty se méfie: n’est-elle pas une fille d’immigrés? Il y a aussi Jacob, (l’excellent Phillip Seymour Hoffman), toujours en train de baisser les yeux et de mettre les doigts dans sa bouche, comme convaincu d’être dégoûtant. Une obscène adolescente qui lui fait des avances. Enfin, il y a l’arrogant Jack (Barry Pepper, révélation du film), broker et antithèse apparente de Monty: les pieds sur la table, avec son Red Bull et sa balle de base-ball, les narines écartées. " Il se prend pour un cowboy ". A la fin, on comprend que c’est lui qui ne se remettra pas du départ de Monty.

Des vies blessées, une ville à fleur de peau, trouée au milieu, cette Amérique que raconte aussi bien Bruce Springsteen, où l’on n’a pas de deuxième chance. A la fin, le père de Monty imagine pour son fils une improbable fuite et une vie qui recommencerait aujourd’hui; mais la voiture se dirige inexorablement vers la prison; encore une fois le mythe de l’Ouest est enterré.