Hero
Ying xiong

Film chinois de Zhang Yimou

Avec Jet Li, Maggie Cheung, Tony Leung


Compétition officielle Festival de film de Berlin 2003


Par Victor Aumont
 
Sortie le 26-03-2003

Durée: 1h36

 

Un bloc d’académisme dans un monde de brutes

Zhang Yimou n’y va pas par quatre chemins. Son dernier film, le monolithique Hero, coulé dans un académisme décourageant, nous livre une version d’une rare brutalité de l’histoire ancestrale chinoise.

L’héroïsme qu’il prétend promouvoir est dénaturé par une esthétique forcenée et une idéologie négatrice de toute racine culturelle. Le héros est un simple bailli qui, du fait de son ardeur au combat, a été élevé au-dessus de son rang; véritable Stakhanov de la guerre, il relate au roi tout-puissant les grandes étapes de ses aventures – comment j’ai anéanti mes ennemis. Chacun de ses récits porte le sceau d’une couleur unique.

Version chinoise des Dieux du stade, Hero fait l’apologie de la guerre hors de tout contexte humain, du sacrifice au Roi et de la prouesse au combat, de l’allégeance à la loi du plus fort. Avec ses longs plans nous montrant des armées plus terrifiantes que les hurukaïs du Seigneur des Anneaux, ce film est avant tout un spectacle d’un ennui terrassant.

Une telle représentation de l’héroïsme oublie et abolit toute différence entre bien et mal, guerre juste et conquête sauvage, défense du territoire et impérialisme, souveraineté et totalitarisme. On aimerait se replier sur les scènes de combats mais Zhang Yimou substitue la haute définition à la chorégraphie, le cri de gorge à la danse, la virtualité à la force. L’ensemble est un bloc fluide de pesanteur abrutissante. Quant aux personnages (une Maggie Cheung au sommet de sa fascinante inexpressivité), ce sont des masques essorés en compétition pour l’hypnose. Toute émotion a fui. Comment une cascade d’actions peut-elle forger une telle armure d’immobilité?