La vie de David Gale
The life of David Gale

Film américain de Alan Parker

Avec Kevin Spacey, Kate Winslet, Laura Linney,Chris Warner


Compétition officielle Festival de film de Berlin 2003


Par Victor Aumont
 
Sortie le 01-04-2003

Durée: 2h12

 

La vie de David Gale, le comble de l’engagement

On aura tout vu: David Gale (Kevin Spacey), " génie académique ", membre du groupe Death Watch militant contre la peine de mort dans son état du Texas, est condamné à mort pour le meurtre et le viol de sa meilleure amie, elle-même porte-parole de Death Watch. La journaliste Bistey Bloom (Kate Winslet) ne dispose que de trois jours pour obtenir ses aveux. Coupable ou innocent?

Aux dires mêmes d’Alan Parker (celui qui en 1977 commit un (autre) film putassier, Midnight express), La Vie de David Gale n’est pas un réquisitoire, mais un simple thriller. Par ailleurs, le réalisateur déplore la peine de mort; et si le message passe, tant mieux… Mais le but avoué du film est de tenir le public en haleine et de l’émouvoir par le spectacle du destin tragique d’un homme engagé.

L’exploitation à des fins commerciales de sujets de société relatifs à des valeurs morales pose un problème éthique que ni la désinvolture ni la fausse modestie n’éludent. Dans un film, il y a toujours un discours, formulé ou non. Le propre de la démagogie inhérente à La Vie de David Gale, c’est d’utiliser la cause comme un pur moyen. Le décompte des minutes qui rapprochent le héros de l’exécution est le moteur du suspense. Mais la question est autant d’ordre esthétique qu’éthique. Le serpent se mord la queue: car le fond n’est jamais dissociable de la forme, et il est toujours bon que coïncident la parole interne du film et son traitement.

La preuve, c’est que La Vie de David Gale est un mauvais thriller racoleur et réductible à un montage professionnel de clichés et de grosses ficelles, construit sur des personnages stéréotypés, rythmé par des rebondissements attendus, alourdi par une musique de circonstances, et un martelage d’images à mots clé à titre de transitions. Comme c’est trop souvent le cas, la dénonciation du politically correct l’est elle-même on ne peut plus, et la prétendue indulgence envers les excès du sexe et de l’alcool masquent à peine le puritanisme que le film, loin de dénoncer, transmet. Au point qu’Alan Parker se réconcilie avec la peine de mort, puisque la chute nous apprend que David Gale avait souhaité et mis en scène sa propre mort, pour servir jusqu’au bout la cause et par goût du sacrifice. Il l’avait bien cherché.