Chaos

Film français de Coline Serreau

 

 

Les bandes-annonces suggèrent un énième film sur les imbroglios sentimentaux et conjugaux au sein d’une tribu post-moderne… Mais ce n’est pas cela. C’est plutôt une sorte de thriller, qui raconte comment une jeune fille d’origine algérienne a été obligée de se prostituer, comment elle a décidé de s’en sortir, et enfin comment elle réussit (c’est quelque peu invraisemblable, bien sûr) à retourner la situation… Il y a là un petit côté conte de fées caractéristique du cinéma de Coline Serreau (cf. Romuald et Juliette). Ce serait plutôt dans le veine du polar Bound des frères Wachovski, film qui racontait comment deux femmes, aux Etats-Unis, arrivaient à mettre en déroute tout un réseau de gangsters, sans oublier de coucher ensemble… c’était très violent, irréaliste, mais extrêmement drôle (cela dit, dans le film de Coline Serreau, il n’y a pas du tout d’ambiguïté sexuelle dans les rapports entre l’héroïne et Catherine Frot : OUF !).
Par certains côtés, cela rappelle aussi certains films de Costa-Gavras, je pense à Z en particulier, qui était militant et jubilatoire, qui ne faisait pas dans la dentelle, et qui mélangeait aussi les genres (c’était tragique, mais très drôle aussi.).

C’est donc l’histoire d’une jeune femme, Noémie (Rachida Brakni), dans le coma au début du film, puis en cavale avec l’aide de Catherine Frot, puis finalement justicière…

L’histoire de Catherine Frot et de Vincent Lindon, le couple déglingué qui assiste à l’agression de la jeune femme au début du film, est relativement accessoire (il ne faut pas se fier à l’affiche ni aux bandes-annonces). Cela dit, les deux intrigues sont très bien tricotées ensemble, il n’y a aucun problème de suture, c’est impeccable. Catherine Frot en fausse sotte vous fera mourir de rire, et Vincent Lindon en gros lard, veule, brutal : plus vrai que nature. Je vous recommande la scène où il tente de repasser un pantalon. Mais le plus drôle peut-être, c’est tout ce qui tourne autour du fils, un débile léger (qui s’ignore) : beau gosse, il a beaucoup de succès auprès des filles (décidément, Catherine Frot n’a pas de chance avec ses enfants : ceux de La dilettante étaient pas mal non plus !)
Le tout est formidablement bien ficelé, le rythme est soutenu, il y a des gags sans arrêt.
Rachida Brakhni est d’une beauté rare, et son jeu (tout le début du film, où elle est dans le coma, puis paralysée) exceptionnel. Quel talent !
Catherine Frot un peu maniérée (il faudra quand même qu’elle change son personnage un jour ou l’autre ; elle ne fait pas le poids par rapport à Rachida Brakhni !)…

On peut être irrité par le côté ouvertement militant (didactique, disent les critiques) du film : tout ce qui touche à la famille de l’héroïne (Noémie), et la question du sort réservé à sa jeune sœur… (la toute fin du film). Les frères, le père sont soignés : aux petits oignons. Quant au type de SOS-Racisme, Coline Serreau lui fait sa fête aussi… Tout cela ne manque pas totalement de pertinence… Line Renaud est sensationnelle, très touchante.

Quant à la " leçon " de l’histoire, elle est délivrée à la fin par Noémie à sa sœur : tu ne fais pas la cuisine à tes frères, et tu passe ton bac, quoi qu’il arrive !

Jolie leçon pour cette fable sans aucune prétention…