In this world

Film anglais de Michael Winterbottom


En compétition officielle au festival de Berlin


Par Clémentine Gallot
 

Durée: 1h30

 

Moins d’un an après 24hour party people, Michael Winterbottom a réalisé un docu-fiction, loin du docu-menteur de Michael Moore. Dans un festival où le mot d’ordre est " towards tolerance " (vers la tolérance), on attendait ces images-témoin du Moyen Orient.

Sur le mur pelé d’une baraque, à la frontière de l’Afghanistan, pendent des photos de George Bush, Tony Blair et Ossama Ben Laden. Pour l’occidental également, le monde d’aujourd’hui se pense comme l’après onze septembre.

A la manière de Kiarostami, Winterbottom filme un road-movie en DV. Seule différence, et pas des moindres: il est accrédité par la BBC, musiques à l’appui. Néanmoins, le cinéaste s’est assigné une tâche (montrer, dévoiler), qu’il accomplit scrupuleusement.

Dans un épuisant périple pour gagner Londres, deux jeunes Afghans prennent la fuite après les bombardements. Les deux héros pourraient aussi bien être deux silhouettes anonymes. Ils voyagent clandestinement dans des camions transportant des denrées, des matériaux, des immigrés. Pour finir par crever, comme dans une boîte de conserve, cloîtrés dans la cale d’un chalutier. Ou moisir à Sangatte.

Que veut-on nous extorquer ici? Le constat que tout est vain et qu’il n’est pas de justice? Car le film porte en lui cette dualité: le titre, In This World, pointe du doigt notre existence terrestre, à la fois comme moteur et repoussoir, qui s’oppose à un idéal, une vie rêvée, que symbolise l’Occident.

In This World n’en est pas moins un film à message: comme si pour comprendre et compatir au destin des personnages une explication préalable était nécessaire. Vous les voyez tous les jours dans la rue, vous êtes indifférents, je vais vous montrer, moi, d’où ils viennent.

Notons qu’il est extrêmement délicat de porter, en tant que critique, un jugement sur un film qui a pour principe de suspendre tout jugement. C’est pour ainsi dire le lot des films en apparence ingrats, ceux qui " forcent l’admiration ". Mais il n’est pas nécessaire de se voir jeter au visage la défroque de la pauvreté humaine pour ressentir de la compassion. Et il est encore moins prouvé qu’une fois écoulé ce spectacle éphémère celui-ci a quelque utilité…

Quelle est alors le statut du cinéaste occidental, et quelle est la fonction de sa caméra? Comment être à la fois passionné et lucide? Comment déjouer ce qu’on nomme " le désarroi de l’homme blanc "? Winterbottom filme l’impossible objectivité d’un regard cinématographique: celui-ci nécessairement faussé par l’intrusion d’un cinéaste qui, même en retrait, perturbe de sa présence et de son altérité la pureté du propos.

Il y a de la part du réalisateur la tentative d’établir un dialogue, entre Orient et Occident, dans la perspective d’un nouvel ordre mondial. Devant l’inexorable, la misère, l’exil, les jugements de valeur sont, étrangement, impropres. Mais la grande Tolérance, comme une tentacule, étrangle jusqu’à la meilleure des volontés.