Bully

Film américain de Larry Clark

Avec Brad Renfro, Nick Stahl





Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 12-12-2001

Durée: 1h50

 

Bully ou la dé-génération

Prenez Storytelling ou Battle Royale, multipliez par dix, vous êtes encore loin du compte. Le film s'inspire d'un fait réel : en 1993, en Floride, sept jeunes tuent un de leurs copains. Après Kids et Another day in paradise, Larry Clark récidive et met en scène ces sept ados (Ali, Lisa, Marty, Donny, Heather, Derek et un faux mafieux) et l'engrenage dans lequel ils se plongent en choisissant d'éliminer un ami devenu gênant.

Les acteurs sont indéniablement bons, on les a déjà vu, pour certains dans Storytelling, la série télévisée Dawson (glups), Larry Clark lui-même interprète l'un des parents, et l'une des filles a pour père le chanteur des Mamas & the Papas .

Photographe de la jeunesse décadente, puis réalisateur, Larry Clark, on le sait, connaît son sujet. Ce qui ne l'empêche pas de le maltraiter (ou de le traiter mal, comme on veut) : pas un gramme de finesse, loin de suggérer quoique ce soit, l'oeil voyeur de la caméra s'attarde plus qu'il n'est nécessaire, exhibe et provoque jusqu'à susciter le dégoût du spectateur. Celui-ci endure tant bien que mal les pérégrinations d'une bande de décervelés qu’il est forcé d’accompagner en permanence : la moitié du temps dans leur voiture, l'autre moitié en train de forniquer en se shootant. Ces êtres vides sont la matérialisation du néant de la société, sans projets, sans avenir - sans cerveau ? - Les petits chéris, loin d'être livrés à eux-mêmes, font partie des middle-class américaines, bernent leurs imbéciles de parents en jouant les béni oui-oui en apparence, et se livrent, par derrière, à toutes sortes de pratiques nihilistes et dégradantes avec une violence et une lucidité qui nous glacent le sang. S'accrochant à une réalité qui leur échappe, la frontière devient floue entre jeu vidéo et visions hallucinées par la drogue: le meurtre semble être une issue, une épreuve nécessaire pour revenir à la réalité. "You mean dead like, dead ?" Seul commettre l'irréversible leur fera reprendre conscience.

De cet amas de crudité on attend tout de même un impact efficace, or, (et on peut faire le même reproche à American History X) si la position du réalisateur est claire (montrer/dissuader), l'effet escompté n'est pas au rendez-vous : la preuve en est des exclamations entendues dans la salle de projection ("trop la classe, trop bien, fuck", etc.) et de l'effet mimétique produit sur le public. Tout le contraire d'une catharsis (personne n’est allé tuer son voisin mais la rage ambiante était presque palpable). On le sait, c’est le dosage qui compte : du "trop" résulte le "rien" ; à trop vouloir en montrer on finit par tout gâcher et par susciter l’indifférence.

De plus, si le but de Larry Clark est de nous mettre en garde, de nous montrer la vérité vraie, crue, pourquoi donc une telle complaisance ? Sur le thème de la dérive on préferera donc Requiem for a dream qui, sans être équivalent, procède d'un traitement du sujet plus fin et moins complaisant.