Bully

Film américain de Larry Clark

Avec Brad Renfro, Nick Stahl





Par Christophe Chauvin
 
Sortie le 12-12-2001

Durée: 1h50

 

Troisième film de Larry Clark après le très controversé Kids et le délirant Another Day in Paradise, Bully est un véritable électrochoc et frappe là où ça fait mal ! Le réalisateur, à travers la reconstitution d’un fait divers survenu en 1993 aux Etats-Unis, y dépeint avec un réalisme tétanisant cette jeunesse américaine décadente, portée sur le sexe et la violence ! Le "Bully" en question, c’est Bobby, le meilleur ami de Marty. Ce dernier subit, depuis son enfance et sans rien dire, les coups de son ami et décide un jour, poussé par sa petite copine Lisa, qui lui reproche de se laisser faire, de l’éliminer. Le souffre-douleur et Lisa vont alors organiser le meurtre de Bobby comme un jeu, aidés par des ados défoncés au cannabis, à l’acide et à Mortal Kombat.

"That’s cool, that’s funny !", voilà ce que paraît être le meurtre pour ces ados qui, depuis le début et même après l’atroce assassinat, restent totalement hermétiques à toute réalité, préférant dénoncer les autres plutôt que d’affronter l’horreur de la vérité. Sans états d’âme ni remords, ils semblent n’imaginer la mort qu’à travers leurs jeux vidéos, vivants dans un monde créé par eux, où ils peuvent se permettre d’être des losers : une Amérique de glande, de drogues et de sexe ! Larry Clark, lui, filme ses acteurs (tous excellents de vérité) sans complaisance, sans tabous, avec une sorte de rigueur documentaire qui donne au film des allures de snuff-movie, soit le reportage filmé de l’assassinat prémédité de 1993 ! Jusqu’à l’insoutenable, le réalisateur enregistre tous les faits sans porter de jugement, sans dénonciation et suscite à nouveau polémique et malaise ! Le spectateur, lui, encaisse le choc des premières images pour s’introduire, au fur et à mesure du film, au plus près des protagonistes, dans cet univers malsain qu’on appelle la jeunesse américaine et qui semble préfigurer, pour Larry Clark, l’avenir terrible de toute une nation. Bully est donc bien un de ces films puissants (cf. Requiem for a dream) dont on sort bouleversé, mais qui, tel un conte philosophique, en dit long sur notre société.