Bord de mer

Film français de Julie Lopes-Curval
Scénario : Julie Lopes-Curval et François Favrat
Chef opérateur : Stephan Massis
Ingénieur du son : Sophie Laloy
Chef monteuse : Anne Weil
Produit par Alain Benguigui (Sombrero Productions)

Avec Bulle Ogier, Hélène Fillières, Ludmila Mikaël, Jonathan Zaccaï, Patrick Lizana, Liliane Rovere, Jean-Michel Noirey


Caméra d’or, Cannes 2002


Par Benjamin Delmotte
 
Sortie le 04-12-2002

Durée: 1h28

 

Dans une petite cité balnéaire passée de mode, Cayeux-sur-Mer, les portraits suspendus, et parfois entrecroisés, d’habitants et de vacanciers se dessinent peu à peu, au rythme des saisons.

Le film parvient assez rapidement à construire son univers et à imposer son rythme, car la beauté désuète et mélancolique de la cité balnéaire donne une véritable unité aux différents tableaux qui se succèdent, un peu comme si la ville avait imprimé la nostalgie de sa splendeur passée à tous les personnages. Souvent tiraillé par l’insatisfaction ou un mal-être diffus, chacun de ces personnages " cherche sa place " - ici ou ailleurs, ainsi ou autrement.

Julie Lopez-Curval parvient très heureusement à éviter l’hystérie qu’un tel sujet aurait pu faire craindre, en étant toujours attentive à la retenue, au charme et à la douceur qui caractérisent ses personnages.

Les portraits brossés, loin de s’arrêter aux manifestations bruyantes de l’insatisfaction, s’installent dans une durée qui permet d’apercevoir une fragilité et quelque chose comme un instinct d’équilibriste chez ces habitants et ces vacanciers. Ils avancent, hésitent, se cramponnent à des certitudes passées, perdent parfois pied, mais, humour, bon-sens, ou tendresse aidant, se rétablissent toujours.

Ce n’est pas que le film s’attache à démontrer des parcours triomphants ou exemplaires : loin d’appuyer lourdement l’évolution heureuse des personnages, il se contente de les suivre dans leurs hésitations en se tenant lui-même en équilibre entre légèreté et gravité.

Cet équilibre parvient à s’instaurer, malgré l’impression de maladresse qui se dégage dans certains plans, car Julie Lopez-Curval, par son parti-pris de belle simplicité, réussit un premier film qui rechigne aux effets.

La séquence finale, très réussie, est à cet égard exemplaire. Le film frôle même la poésie dans cette séquence, notamment grâce à l’apparition du personnage de Lila, installée comme une vigie, insaisissable et lumineuse dans sa robe rouge et son corps de femme enceinte.

De manière générale, l’interprétation renforce les parti-pris du film : Bulle Ogier promène ici son personnage lunaire non loin d’une Ludmila Mickaël à la fois touchante et convaincante, tandis qu’Hélène Fillières offre sa grande silhouette dégingandée au personnage maladroit et vrai sur lequel est en partie centrée l’histoire.