Dans ma peau

Film français de Marina De Van

Avec Marina de Van, Léa Drucker, Laurent Lucas





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 04-12-2002

Durée: 1h33

 

Accrochez-vous ! Voici un film littéralement extra-ordinaire.

Comme nous sommes loin de la Pianiste et des hardiesses masochistes suggérées par Isabelle Huppert, et encore plus loin de la grosse artillerie gore made in U.S.A.

D’abord parce qu’il ne s’agit pas d’halloweeneries et autres niaiseries, mais d’auto mutilation et d’auto cannibalisme dont on ne nous cache aucun détail.

Et surtout parce que Marina de Van, scénariste, réalisatrice et actrice de cette œuvre, avoue faire appel à une expérience personnelle pour alimenter ce cauchemar qui se déroule devant nous et dont on n’aperçoit guère l’issue. Le fait qu’il ne s’agisse pas seulement d’une comédienne engagée " pour faire semblant " mais de la véritable victime de cette idée fixe donne évidemment une authenticité et une valeur inégalable à cette confession filmée sans pudeur.

J’ai cru que je ne " tiendrais " pas jusqu’au bout de la projection, tant le malaise qui s’installe progressivement est profond, d’autant que nous sommes loin, ici, de l’arsenal conventionnel des films de terreur : pas de maison isolée dans la campagne, pas de brume, pas de chiens hurlant dans la nuit, pas de lourde musique suggestive… L’histoire se déroule dans une vie apparemment normale, banale, jalonnée de problèmes professionnels et de dîners d’affaires qui tournent au cauchemar.

J’ai pu rester jusqu’à la fin car la qualité exceptionnelle de la réalisation, empreinte de sincérité et d’une froideur clinique d’où l’humour n’est jamais absent, l’emporte sur la nausée que déclenchent certaines scènes et la crainte permanente de ce que la suite risque de nous réserver. Il est certain que l’interprétation de Marina de Van, dont l’étrange visage évolue sans cesse de la beauté à la laideur, de la séduction à la répulsion, est l’atout majeur de ce film-exorcisme.

Je ne peux m’empêcher de penser que les jeunes cinéastes français ont tout de même beaucoup de chance de vivre dans un pays où existent des producteurs prêts à trouver le financement de telles entreprises, dont on se doute qu’elles n’entraîneront pas six millions de spectateurs pour les fêtes de Noël.

Si vous êtes curieux de découvrir un cinéma différent et de mesurer tout ce qui le sépare des standards habituels de l’horreur commerciale, blindez-vous et allez voir le film de (et avec) Marina de Van.