La folie des hommes

Film français de Renzo Martinelli
D’après un fait réel

Avec Michel serrault, Daniel Auteuil, Laura Morante, Leo Gullotta


Globe d’or de la mise en scène décerné par la critique étrangère, Donatello du meilleur second rôle pour Leo Gullota, Donatello de la Jeunesse, Prix Fellini 2002


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 27-11-2002

Durée: 1h56

 

Quand les dieux punissent l’hybris humaine

Il y a les films catastrophe made in Hollywood, ceux qui accumulent effets spéciaux et bravades en tous genres, ceux qui se finissent toujours bien. Et il y a ceux qui racontent une histoire vraie.

La folie des hommes retrace l’histoire de la tragédie humaine survenue dans la vallée du Vajont, en Italie, le 9 octobre 1963, suite à un glissement de terrain dans un lac artificiel qui souleva une vague de 250 mètres, rayant de la carte les villages alentours et ceux de la vallée en contrebas du barrage. A l’époque, l’opinion publique croit à une catastrophe naturelle, à un coup cruel du destin ; le film lève le voile sur ce qui s’est réellement passé.

1959. Dans une vallée des Dolomites, commence la construction du plus gigantesque barrage d’Europe. Carlo Semenza (Michel Serrault), architecte renommé, réalise l’œuvre de sa vie, secondé par l’ingénieur Biadene (Daniel Auteuil), pour un projet qui promet de transformer l’économie de l’Italie. Très vite, des signes laissent pressentir que les travaux pourraient entraîner un énorme éboulement dans la montagne, ce qui aurait des conséquences fatales pour des milliers de vies. Seule une journaliste (Laura Morante), consciente du danger, s’oppose à la folie de ces hommes qui osent défier la nature. Mais les enjeux économiques sont énormes, et les travaux continuent…

On pourra regretter que Renzo Martinelli n’ait pas gardé la version originale italienne de son film (éternel problème des co-productions internationales), ce qui détonne un peu, surtout en début de film, au milieu du paysage tout italien. A cet égard, Michel Serrault et Daniel Auteuil, malgré leur talent incontestable, font un peu " pièces rapportées " dans un tel tableau.

Malgré tout, La folie des hommes est un film très fort, à la hauteur de la tragédie qu’il raconte, et servi par une interprétation remarquable. On notera le beau travail de reconstitution, malgré certains effets spéciaux (surtout en plans larges) pas toujours convaincants.

Surtout, sa très fine mise en scène réussit à installer dès le début une atmosphère étouffante (bien aidée en cela par un ciel imperturbablement gris et un paysage hostile), qui préside à une montée en tension particulièrement maîtrisée. Si l’histoire d’amour n’est pas bien originale, elle permet d’insérer toute une dimension humaine et émotionnelle dans ce qui, sans cela, aurait pu sembler un peu trop factuel. Ainsi, la très belle fin du film peint la détresse d’un homme qui a tout perdu, à genoux dans un désert de boue, au milieu de ce gâchis. Tout devient alors si simple : c’est fini. Et l’on ne peut s’empêcher d’être bouleversé. Peut-être parce que cela s’est vraiment passé.