Le sourire de ma mère
Ora di Religione

Film italien de Marco Bellocchio

Avec Sergio Castellito, Jacqueline Lustig, Chiara Conti


Sélection officielle italienne (Cannes 2002)


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 20-11-2002

Durée: 1h42

 

Familles, je vous hais

Dans les années Soixante, une Nouvelle Vague italienne a déferlé, s’infiltrant dans un cinéma déjà extrêmement fécond où Visconti, Antonioni, Fellini, Risi, Rosi, (la liste est trop longue pour être complète) avaient pris la place des anciens maîtres du néo-réalisme d’après-guerre. Dans ces nouveaux venus, Bernardo Bertolucci et Marco Bellocchio s’imposaient par leur talent original.

Le premier enchaîna des films remarquables (Prima della Rivoluzione, La Stratégie de l’araignée, Le Conformiste, Le Dernier Tango à Paris, 1900) jusqu’en 1975, puis commença une carrière internationale (c’est-à-dire américaine) qui étiola son inspiration. Bellocchio, après un début fracassant avec Les Poings dans les poches et Au nom du Père, où il dynamitait les lois de la famille traditionnelle, poursuivit par une œuvre assagie, puis commerciale où on ne retrouvait guère les traces de son talent.

Son très beau Ora di Religione renoue avec l’inspiration de ses débuts. Un superbe scénario, une pléiade d’excellents acteurs dominés par Sergio Castellito qui aurait mérité le Prix d’Interprétation, et une réalisation raffinée font de ce film l’injuste oublié du Festival de Cannes.

L’anticléricalisme du sujet, qui paraît dépassé de nos jours en France, a peut-être nui à l’accueil fait au film. Je ne vous raconterai pas l’histoire pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je vous donne quand même la savoureuse situation de départ : un peintre totalement mécréant reçoit la visite d’un envoyé du Vatican qui lui apprend que sa mère va être canonisée. Se greffent sur cette situation de comédie des développements multiples qui tirent le film vers le drame. A l’occasion de l’enquête menée par l’Eglise, le peintre va découvrir progressivement que sa famille lui ment depuis des années. Après quarante années, Familles, je vous hais reste l’obsession de Bellocchio qui développe son récit dans un climat à la fois onirique et réaliste d’une grande beauté.