Bella Ciao

Film italien de Marco Giusti


Présenté au Festival de Cannes
Semaine Internationale de la Critique



Par Christophe Chauvin
 

 

Film choc, Bella Ciao est l’un des deux documentaires présentés à Cannes sur les manifestations contre le sommet du G8 à Gênes du 16 au 22 juillet 2001.

Le film s’appuie sur des images implacables filmées par des dizaines de journalistes de la RAI, la télévision italienne. Il montre comment la manifestation anti-mondialisation pacifique prévue au départ tourne à la confrontation entre des manifestants non violents et sans défense (pour la plupart) et la police, qui ne s’est pas contentée d’éviter les débordements. Elle s’est employée aussi à tabasser toute personne présente à coups de matraque. Les images parlent d’elles-mêmes !

Premier plan : caméra à l’épaule, un journaliste filme une place en proie au chaos ; à l’arrière plan, on aperçoit une masse de carabiniers italiens qui se lancent à l’assaut d’une ruelle. Soudain, on entend un cri : le pire est arrivé, le silence se fait peu à peu, le corps du jeune Carlo Giuliani est étendu par terre, inerte. Cette image restera longtemps gravée dans nos mémoires comme l’apogée de la violence et des conflits, qui se sont soldés par l’irruption de la police au siège de la Presse du Forum Social de Gênes, réunissant des centaines de journalistes d’associations et syndicats différents. Même si aucun journaliste n’a réussi à y entrer cette nuit-là, les traces de sang sur les murs et le défilé des brancards servent à suggérer les atrocités et les tortures infligées par les policiers.

D’autre part, la succession d’images - parfois insoutenables - de manifestants non violents tabassés sans raison, pendant que les " black block " (des participants qui viennent pour tout casser) sévissent aux quatre coins de la ville, montre bien qu’il ne s’agissait pas de bavures policières mais bien d’une vaste entreprise gouvernementale de criminalisation des opposants aux G8. Les grands gouvernements ont ainsi répondu à l’opinion publique en exhortant la police à faire dégénérer la manifestation pour montrer au monde entier, par l’intermédiaire des médias, la violence des participants afin de discréditer le mouvement grandissant de contestation. Et c’est en cela que le film s’affirme comme une preuve irréfutable de la manipulation.

Bella Ciao est donc un film dur, choquant, mais qui ne trompe pas et, en attendant de trouver un distributeur, devrait faire sacrément réfléchir. Du moins, on l’espère !