Carnages

Film franšais de Delphine Gleize

Avec Chiara Mastroianni, Lio, Angela Molina, J.Gamblin, etc…





Par Henri LanoŰ
 
Sortie le 13-11-2002

Durée: 2h10

 

Olé !

Pour ceux qui s’inquiéteraient de voir Claude Lelouch disparaître sans succession, une bonne nouvelle : Delphine Gleize, pour son premier (très) long métrage, semble retrouver la veine populaire de ces mélos flamboyants qui caractérisent la production des Films 13. Sortie de la Femis qui, comme son nom l’indique, forme surtout des réalisatrices, elle a manifestement, comme son aîné, le goût de l’image, des plans en mouvement, du soutien musical appuyé et un penchant manifeste pour des scenarii incroyables.

Le film raconte le devenir d’un toreau mort dans l’arène, après avoir encorné le toréador qui finit à l’hôpital dans le coma. L’animal est débité aux abattoirs et les " pièces détachées " aboutissent à différents personnages qui vivent dans la région lilloise (?) : à l’un, le tibia, à l’autre les yeux, au troisième les cornes, etc… Il semblerait que la banlieue madrilène aurait mieux convenu comme unité de lieu, mais passons et essayons de résumer.

En gros, la mère espagnole de l’institutrice, qui travaille dans le 59 finit par dîner d’une daube de toreau dans un restaurant où elle retrouve un témoin d’une faute de jeunesse qu’elle a dissimulée toute sa vie avant de se faire écraser par une voiture qui permettra de récupérer son foie qu’on va greffer au toréro (clin d’œil à Almodovar) qui pourra retourner dans l’arène tandis que Chiara Mastroianni pratique du patinage artistique immobile et que Jacques Gamblin contemple ses quintuplées qui ont grandi alors que le taxidermiste retrouve son père sourd-muet que l’on croyait mort depuis longtemps… ( Et encore plein d’autres choses que vous découvrirez en allant au cinéma.)

On reste un peu interloqué devant ce déluge feuilletonesque qui noie le film, alors que le début laissait espérer autre chose. L’ouverture est, en effet, remarquable, avec une très belle séquence de préparatifs du toréador, la corrida et les abattoirs qui dénotent un œil de cinéaste évident.

Il faudrait que Delphine Gleize accepte la collaboration de scénaristes et qu’elle soit plus sévère sur son montage pour tirer les lignes de force, dynamiser son histoire et sacrifier les coquetteries de mise en scène. On a l’impression que chaque séquence est proposée telle qu’elle a été écrite, sans que soit remis en question le résultat obtenu lorsqu’elles sont toutes réunies.

Je sais combien il est difficile, pour un premier film, d’éliminer une partie de ce qui a demandé tant d’efforts. Mais je rêve à ce que gagnerait " Carnages " en perdant une demi-heure.