Adolphe

Film français de Benoît Jacquot
Adaptation du roman de Benjamin Constant

Avec Isabelle Adjani, Stanislas Merhar, Jean Yanne, Romain Duris





Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 30-10-2002

Durée: 2h

 

C’est un affreux malheur de n’être pas aimé quand on aime ; mais c’en est un bien plus grand d’être aimé avec passion quand on n’aime plus.

Après deux échecs relatifs, Sade et Tosca, Adolphe marque le retour de Benoit Jacquot à la réalisation, dans un domaine où on le sent à l’aise : le film en costumes empreint de théâtralité (il avait filmé avec talent La fausse suivante de Marivaux).

Avec René de Chateaubriand, Adolphe de Benjamin Constant est au pré-romantisme français ce que furent Les souffrances du jeune Werther à l’Allemagne.

Vraisemblablement inspiré de sa liaison avec Mme de Staël, Constant trace dans ce roman en forme de confession une représentation nouvelle du poète-écrivain : " celui qui s’ouvre au monde ".

Le jeune Adolphe, ayant reçu une éducation libérale, rencontre Ellénore, mariée, vertueuse, et plus âgée que lui. Il la désire. Elle le repousse. Il insiste. Elle cède. A la liaison amoureuse succède un certain désintérêt : comment s’en débarrasser ? Adolphe n’est pas un Dom Juan libertin, il sombre dans le désespoir, et réalise – trop tard — son inconscience devant la gravité de l’amour.

Pour son adaptation, Benoît Jacquot choisit la meilleure façon – semble-t-il – de rendre la matière littéraire : la voix off. Adolphe étant un roman presque dépourvu de descriptions, il laisse au cinéaste une grande liberté d’imaginer des décors et des situations, auxquels Jacquot ajoute une musique grave, quoiqu’un peu convenue.

Adolphe (interprété avec classe par Stanislas Merhar), est dépeint comme un Napoléon Davidien, le cheveu en bataille, la redingote noire, le cheval fougueux. Isabelle Adjani, avec tout ce qu’elle a d’horripilant, est parfaite dans le rôle d’Ellénore, semblable à une poupée de porcelaine, diaphane, telle que Truffaut l’avait filmée dans Adèle H. Autour de l’inquiétant Jean Yanne et du simiesque Romain Duris, décidément incontournable, gravitent quelques personnages bien campés, échappés des dessins de Daumier.

Il est délicat, aujourd’hui, d’adapter une œuvre romantique sans tomber dans les clichés (fleur bleue, cul-cul), et, par là, en galvauder le sens. Tantôt poignant, tantôt ridicule, le film accumule des scènes parfois fausses (Adjani en fait trop, elle fait des mines, pousse des cris de poulet…).

Alors que Constant tirait une maxime moraliste d’un cas particulier, Jacquot se contente de l’anecdote souvent caricaturale, de la bleuette parfois bien pensante, réduisant à presque rien les traits cruels du caractère de l’Adolphe du roman. Ce qui disparaît dans le film, c’est cette sentence, aussi atroce qu’indispensable : " Rompre avec les femmes : cela leur fait tellement de peine, et à nous tellement de plaisir… "