Le fils

Film belge de Jean-Pierre et Luc Dardenne

Avec Olivier Gourmet, Morgan Marinne, Isabella Soupart


Prix d’interprétation masculine pour Olivier Gourmet, Cannes 2002


Par Clémentine Gallot
 
Sortie le 23-10-2002

Durée: 1h43

 

" C’est bien dommage de penser qu’on manque de respect envers le public si on lui montre une nuque ". Il semble que le dernier film des frères Dardenne, Le fils, soit la parfaite illustration de cette phrase d’Abbas Kiarostami. Le rôle principal, Olivier Gourmet, à la réception de son prix d’interprétation masculine à Cannes, remercia Luc et Jean-Pierre Dardenne… pour avoir si bien filmé cette nuque.

Pendant toute une partie du film elle se trouve au premier plan, suivie par une caméra à l’épaule, de manière à la fois frustrante et entêtante. Ce procédé a pour effet de projeter le spectateur de plain-pied dans la réalité du personnage ; on se trouve derrière lui, avec lui, en lui, oserait-on dire : une fusion semble s’opérer.

Un professeur de menuiserie, père endeuillé (Olivier Gourmet), se trouve à la fois fasciné et inquiété par un nouvel élève, Francis (Morgan Marinne), qui arrive tout droit du centre de détention des mineurs. Alors qu’au terme d’un jeu de cache-cache, la première partie s’achève, découvrant progressivement le véritable enjeu de cette rencontre et de cet apprentissage, la fin, abrupte, intervient au terme d’une poursuite qui tient lieu de catharsis pour les deux personnages.

Les deux réalisateurs belges mettent ici à profit leur expérience du documentaire. Après s’être fait remarquer, en 1996, avec La promesse, ils défrayèrent la chronique en 1999 avec Rosetta, Palme d’or, sifflée, à Cannes. Intéressés par les milieux marginaux, ils mettent en scène des personnages souvent à la limite de l’autisme ou de la folie, en se fondant sur une démarche quasi scientifique.

Si Olivier Gourmet interprète un personnage éponyme, c’est que le film se centre sur un caractère, mais aussi sur l’acteur qui l’interprète, dans une sorte de corps à corps avec les cinéastes. De fait, la caméra prend la mesure de la distance qui sépare les êtres, tout en sollicitant le rapport du spectateur à " l’autre ".

Le fils, comme La chambre du fils de Nanni Moretti, est un titre qui évoque l’absence. Lorsqu’ils terminent le tournage, les frères Dardenne notent laconiquement dans leur journal de bord : " Le film s’appelle Le fils. Il aurait pu s’appeler Le père ".