L'Echange des Princesses

Film français de Marc Dugain
d après le roman éponyme de Chantal Thomas

Avec Lambert Wilson, Anamaria Vartolomei, Olivier Gourmet, Catherine Mouchet, Kacey Mottet-Klein, Igor Van Dessel, Juliane Lepoureau, Maaya Sansa,Andréa Ferreol





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 27-12-2017

Durée: 1h40

 

Le Mariage pour Toutes

La monarchie française n’avait vraiment rien contre la jeunesse : Louis XIII succéda à Henri IV, son père, à l’âge de neuf ans, Louis XIV à cinq ans ainsi que Louis XV. Ces monarques en herbe ont été encadrés par une Régence provisoire assurée successivement par leurs mères, Marie de Médicis, puis Anne d’Autriche, enfin Philippe d’Orléans (neveu de Louis XIV) pour Louis XV. Il faut préciser que l’âge de la majorité était nettement plus précoce que de nos jours puisque, dès 13 ans, l’héritier devenait réellement "le Roi", (soutenu évidemment par l’expérience politique de la Régence).

A cette époque les trônes de la plupart des pays européens étaient occupés par des familles reliées par des liens de parenté qui auraient dû éliminer les conflits entre nations alors qu’ils ne faisaient que les aggraver, hélas. Exaspéré par cette situation et les sanglants combats qui s’éternisaient entre la France et l’Espagne, le Régent Philippe d’Orléans eut la brillante idée de marier sa propre fille, Louise Elisabeth, avec Don Luis, l’héritier du trône occupé par Philippe V et, simultanément, de destiner l’infante d’Espagne, Marie Anne Victoire, à Louis XV futur Roi de France. Cet échange de princesses assurerait enfin une paix définitive entre les deux nations en guerre depuis des années. Seul problème mineur, si j’ose dire : l’âge des « fiancés » allait de 4 à 10 ans ! Qu’importe, à cette époque les enfants étaient manipulés par des adultes dont l’espérance de vie, menacée par la peste et les épidémies de variole, atteignait à peine la quarantaine. Inspiré par L’Echange des Princesses , remarquable livre de Chantal Thomas consacré à cette période, Marc Dugain, lui-même auteur de romans historiques, s’est attaqué à son adaptation cinématographique avec l’aide de l’auteure, collaboration assez rare mais dont le résultat semble les avoir satisfaits. Peut-on se permettre quelques remarques ?

En effet, ce roman sur un "donnant / donnant" monarchique plutôt extraordinaire est plein de séduction, mais est-il adaptable au cinéma ? Le scénario dépeint les très difficiles relations qui tentent de s’établir entre ces enfants « fiancés » durant la dizaine d’années qui les sépare de la maturité officielle, le récit passant alternativement de la cour d’Espagne à celle de Versailles. Premier écueil assumé hardiment : les mêmes enfants interprètent ces deux couples passant de l’enfance à l’adolescence sans jamais vieillir, ce qui crée un évident malaise. On peut comprendre que Marc Dugain ait hésité à remplacer progressivement son excellent quatuor d’enfants acteurs du début, mais la crédibilité du récit en souffre. Une telle difficulté est évidemment absente de la littérature qui offre à l’imaginaire du lecteur la possibilité d’accepter des ellipses, de maîtriser l’espace et le temps d’un récit où les décennies peuvent se succéder sans heurt en tournant les pages. Un roman ignore cette difficulté, pas le cinéma, à moins de s'inspirer de Harry Potter dont les aventures s’étalent sur plus d’une décennie avec le même acteur ou bien l’exceptionnel Boyhood (2014) que Richard Linklater a tourné durant une période étalée sur 12 ans pour amener « en temps réel » le passage de son jeune héros de 6 à 18 ans ! >

Un autre problème concerne les résidences royales où se déroule cette histoire : Versailles et Madrid. Ces deux châteaux, surtout Versailles, sont mondialement connus. Comment croire à ceux qu’on nous propose et qui sont situés en Belgique pour des raisons de production ? On n’y a tourné que de sombres intérieurs, mais pourquoi faire l’impasse sur des vues extérieures de Madrid et de Versailles pour les authentifier l’un et l’autre ? Ce confinement permanent dans des pièces obscures, éclairées à la chandelle, ne nous aide guère à identifier ces lieux séparés par de longues journées de cavalcade, tant ces immenses salles se ressemblent, peuplées d’acteurs richement costumés et perruqués. Malgré de réelles qualités dans la réalisation, on ne perçoit guère de montée dramatique dans l'évolution de ces tentatives de mariages forcés, étalées sur tant d’années, qui finissent par multiplier les scènes répétitives et théâtrales évoquant les grands moments de l’ORTF. Finalement, cette tentative d’échange n’aboutira pas puisque le malheureux Don Luis va mourir trop jeune et que Louis XV ira faire dix enfants à son épouse définitive, la princesse Marie Leszczynka, de cinq ans son aînée, (sans parler des favorites qui vont suivre)...