Balzac et la petite tailleuse chinoise

Film français de Dai Silje

Avec Zhou Xun, Chen Kun, Liu Ye


Sélection officielle Cannes 2002 Un Certain Regard


Par Laure Becdelièvre
 
Sortie le 09-10-2002

 

Chine, début des années 70. La " révolution culturelle " bat son plein. Deux adolescents, Ma et Luo, fils d’" intellectuels bourgeois " considérés par le régime comme des " ennemis du peuple ", sont envoyés en " rééducation " dans un village paysan aux confins du Tibet.

Chine, début des années 70. La " révolution culturelle " bat son plein. Deux adolescents, Ma et Luo, fils d’" intellectuels bourgeois " considérés par le régime comme des " ennemis du peuple ", sont envoyés en " rééducation " dans un village paysan aux confins du Tibet.

Dès leur arrivée, ils apprennent à manier l’art de la débrouillardise et de la fronde, face à des paysans frustes et illettrés. C’est ainsi qu’ils vont découvrir clandestinement la littérature et l’amour, à l’occasion de leur rencontre avec la petite-fille du tailleur du village…

Adapté du roman autobiographique du réalisateur lui-même, ce film, dont le Révolution culturelle est la toile de fond, est à la fois authentique et onirique. Il est porté par des décors magiques et un très beau sujet : comment la littérature peut métamorphoser un individu. Car cette histoire d’amour et d’amitié entre trois adolescents, liés par la découverte frauduleuse d’une littérature censurée, est aussi, au fond, l’histoire d’un monde qui rêve : la Petite Tailleuse, qui découvre les livres et notamment Balzac, entrouvre les portes d’un univers inconnu ; Luo s’éprend d’elle, alors que Ma se retranche dans le monde imaginaire des livres et de la musique afin de taire son amour ; même les habitants du village rêvent, bercés par les histoires que leur racontent Luo et Ma. A cet égard, la façon dont les deux jeunes lettrés manipulent les villageois, transformant leur savoir en pouvoir, est traitée avec beaucoup d’humour ; elle nous révèle un univers à deux vitesses.

Mais c’est aussi par là que le film pèche. Si la dureté du travail de rééducation ne transparaît guère dans le film, c’est un parti pris, soit : le propos est ailleurs. Mais cette fin et ce brusque retour aux années 90, quel dommage ! Après 1 h 30 de bonheur et d’onirisme, le film sombre dans un effet " que sont-ils devenus, vingt ans après " décevant, utilisant même la ficelle – déjà vue dans Titanic – d’une ultime rétrospective sous l’eau. Tout cela était bien inutile : à quoi servait-il de montrer aussi brusquement l’apparition de la modernité, alors que tout le début du film égrenait si subtilement les signes de sa venue future ?

Mise à part cette réserve, qui vient certes gâcher un peu le plaisir au sortir du film, Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise reste une belle histoire, et un très bel hommage à la littérature et à la magie des mots.