La Promesse
The Promise

Film américain de Terry George

Avec Oscar Isaac, Charlotte Lebon, Christian Bale, Shoreh Aghdashloo, Daniel Gimenez Cacho, Jean Reno, Marwan Kenzari, Angela Sarafyan, Rade Sherbedgia, Tom Hollander, Numan Acar, Igal Naor, Milene Mayer, Tamer Hassan, Alicia Borrachero, Abel Folk, James Cromw


Sélection aux Festivals de Toronto et Deauville 2017


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 29-11-2017

Durée: 2h13

 

Proche Orient si lointain

Abandonnant pour une fois les premiers films, allons voir le dernier de Terry George, réalisateur chevronné - mais à éclipses - qui ne cache pas sa prédilection pour le cinéma historique à grand spectacle : Le Pont de la rivière Kwaï, Lawrence d’Arabie, Apocalypse Now, entre autres, sont des modèles qui l’inspirent et l’émeuvent. Le scénariste Robin Swicord lui a proposé une histoire d’amour sérieusement contrariée par les massacres qui ont décimé le peuple arménien au début du XXe siècle, lorsque la Turquie s’est alliée à l’Allemagne durant la Grande Guerre. Terry George n’a pas hésité à en tirer une impressionnante superproduction à grand spectacle. Ce génocide a déjà inspiré deux cinéastes d’origine arménienne : Henri Verneuil avec Mayrig (1991) qui nous contait sa vie d’enfant émigré en France avec sa famille et Atom Egoyan avec Ararat (2002) décrivant huit destins d’exilés au Canada, les deux films étant entrecoupés de séquences évoquant les barbares massacres de 1915 (que l’Etat turc s’obstine à nier).

Au début de l’histoire, la paix règne encore sur le Bosphore et les marchands du "Grand Bazar" cohabitent sans problème pour séduire les touristes. Michael, jeune étudiant arménien, quitte son petit village pour aller étudier la médecine à Istambul. Il doit donc se séparer de sa tendre Marta qu’il épousera à son retour. Généreusement, le père de la fiancée lui offre une bourse qui lui permettra de vivre durant cette période. Michael est un garçon sérieux et séduisant qui se fait progressivement des relations dans la haute société dont la connaissance de Chris, journaliste américain qui couvre les évènements en Turquie, et de la ravissante Ana qui l’accompagne dans ses reportages. Coup de foudre entre Ana et Michael, mais coup de tonnerre entre la Turquie et l’alliance franco-anglaise : les Turcs s’allient aux Allemands dans le conflit européen et commencent à massacrer les Arméniens qui ne sont guère responsables de la situation.

Après ce long préambule, les conflits s’installent : militaires, bien entendu, mais également sentimentaux : Michael est mal à l'aise, coincé par sa promesse à l’innocente Marta, par sa dette à beau-papa et par sa mauvaise conscience envers Chris. Il décide de tenter de regagner son lointain village afin de résoudre ces quelques difficultés mais le trajet s’est transformé en champ de bataille, l’armée turque pourchassant les Arméniens qui ont pris le maquis. Le hasard (et le scénariste) faisant bien les choses, le trio infernal n’arrête pas de se retrouver au détour des collines ensanglantées, tandis que les figurants s’entretuent. Le spectateur, coincé entre le génocide arménien et l’insoluble situation sentimentale de Michael, est perplexe : après 2h13 de projection, la marine française apportera-t-elle une solution ? Suspense… On peut être sceptique sur l’émotion que susciteront ces péripéties sentimentales confrontées à un génocide : ni Lawrence d’Arabie, ni Apocalypse Now, etc. n’en comportaient. Mais ce sera peut-être (ou sûrement ?) la raison de l’éventuel succès de ce grandiose mélodrame.