Blissfully Yours

Film thaïlandais de Apichatpong Weerasethakul

Avec Kanokporn Tongaram, Min Oo, Jenjira Jansuda


Prix Un certain regard, Cannes 2002


Par Clémentine Gallot

 
Sortie le 09-10-2002

Durée: 2h05

 

Quand on a un nom aussi imprononçable qu’Apichatpong Weerasethakul, et qu’en plus, ce nom est sur toutes les lèvres, cela tient du miracle ! En effet, le jeune réalisateur, pour son deuxième film, est l’heureux lauréat du prix Un certain regard. En voyant son film on prend conscience de la portée comique de cette l’appellation.

Ce n’est pas nouveau, la langue de bois ne sévit pas qu’en politique, mais également dans la presse. Cependant je doute que le copinage soit de mise avec un cinéaste Thaïlandais. Alors ? Il apparaît avec ce film que l’on peut écrire des articles sur tout, même sur le néant : activité sans doute fort distrayante puisque nombreux sont les rédacteurs qui s’y sont attelés (Libé, Le Monde, Télérama). Il s’agit d’un exercice de style consistant à broder interprétations et commentaires hallucinants sur un film qui, en plus d’être esthétiquement très médiocre n’est guère intéressant que d’un point de vue anthropologique. Et encore.

Cette " oeuvre " aurait, parait-il, exacerbé la libido des journalistes cannois, confits dans leurs smokings de location. Peut-être qu’après deux ou trois pétards et un lendemain de fête bien arrosée j’aurais moi aussi éprouvé un état d’" extase apaisante ".

La scène la plus excitante, mis à part les fornications forestières des protagonistes, est sans doute la préparation d’un onguent (mélange, dans un tuperwear, de crème pour bébé et de légumes coupés en petits morceaux) destiné à soigner l’urticaire de notre héros, Min, jeune birman sans papiers. Vous ne comprenez pas tout ? C’est normal, nous non plus, et le cinéaste prend soin d’éviter toute explication, allant jusqu’à l’épure (en gros : on rame), au mépris total du spectateur, qui finit par se foutre royalement de savoir si oui on non la vieille Orn aura un enfant avec son mari qui a l’air stérile ou avec un employé de bureau qu’on croyait d’abord homosexuel.

Seule astuce : le générique qui survient au bout de quarante cinq minutes d’action (ou plutôt, d’inaction). A part ça, niet ! Peu bavard, pas snob pour trois sous, contemplatif, soit, mais emmerdant. ! Entre le déjeuner sur l’herbe et Le songe d’une nuit d’été, version jungle, le talent en moins.

Cannes aurait pour mission de faire découvrir au grand public un cinéma auquel il n’est pas forcément réceptif : malheureusement, le cinéma thaïlandais ayant peu de place sur nos écrans, ce qu’on en voit ici ne nous incite guère à persévérer.