Des Rêves sans Etoiles
Royahaye Dame Sobh

Film iranien de Mehrdad Oskouei

Avec Film documentaire


Prix Jean Rouch, Asia Pacific Awards, Grierson Award London, Full Frame Inspiration Award USA, 66è Berlinale, Pare Lorenz Award Los Angeles


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 20-09-2017

Durée: 1h16

 

Cauchemar Climatisé ?

L’actuel cinéma iranien nous étonne en permanence, compte tenu des idées que nous nous faisons du mode de vie actuel de ce peuple issu de la civilisation perse. La "doxa" véhiculée par l’Occident nous le présente comme un membre de "l’Axe du Mal", écrasé sous le joug des ayatollahs, vivant dans un confort moyenâgeux, alors que les films qui nous parviennent de Téhéran nous montrent généralement des bourgeois logés dans des immeubles confortables, tentant de résoudre des problèmes de couple en pestant contre les embouteillages (la seule différence visible c’est que toutes les femmes sont effectivement voilées, même à la maison). Il est vrai, également, que ces talentueux cinéastes réalisent des films dont les scénarios et les acteurs transforment les problèmes de couple en admirables tragédies classiques.

Mehrdad Oskouei, lui, est un documentariste qui s’intéresse aux jeunes délinquants. Après deux films consacrés aux garçons et primés dans de nombreux festivals, il s’est intéressé au sort des jeunes filles incarcérées pour des délits allant du vol au parricide et qui sont en attente de jugement. Ici il ne s’agit plus des conflits conjugaux de la société aisée mais du cauchemar d’un prolétariat qui a basculé dans la drogue, parents et enfants compris. Toutes ces adolescentes ont fugué, volé et même tué, devant une absence totale d’amour familial. Mais nous sommes surtout surpris par les conditions de vie dans ce centre de détention situé en pleine ville, au bord d’un large boulevard animé. Une vingtaine de délinquantes logent ensemble dans une immense salle commune (genre gymnase) bordée de lits superposés et occupée au centre par une grande table pour les repas. La surveillance doit être vraiment discrète puisque ni matons ni matonnes n’apparaissent dans le décor. Seul l’imam, qui vient pour la prière quotidienne, déclenche parfois quelques réactions contestataires sur les conditions de vie de ces prisonnières. Mais lorsque Mehrdad Oskouei les interroge, ces adolescentes se racontent entre deux éclats de rire. Car, le plus étrange c’est que ces malheureuses semblent plutôt joyeuses, comme inconscientes du sort qui risque de briser leurs vies. Entre deux batailles de boules de neige dans la cour du bâtiment, elles jouent à l’interview en imitant le cinéaste qui les questionne ou en animant des marionnettes pour raconter leurs déboires. Mais, parfois, elles cachent leur visage pour pleurer.

J’avoue que ce documentaire ambigu finit par être troublant : il donne une vision tellement "soft" des conditions de la détention qu’un doute finit par s’insinuer : cette prison modèle ne serait-elle destinée qu’aux divers festivals de films ? Mehrdad Oskouel reconnaît qu'il écarte toute contestation politique au profit du devoir social vis à vis de ces jeunes. Pour cela il doit gagner la confiance de l'Organisation des Prisons d'Etat en promettant de ne pas diffuser le film à la télévision et de le réserver aux Universités et aux Festivals internationaux comme les précédents. Parole tenue.