Gabriel et la Montagne

Film brésilien de Fellipe Barbosa

Avec Joào Pedro Zappa, Caroline Abras et les compagnons de route


Sélection Semaine de la Critique Cannes 2017 Prix Fondation GAN Prix Révélation FRANCE 4


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 30-08-2017

Durée: 2h09

 

Mortelle Randonnée

Gabriel Buchmann, jeune étudiant brésilien, s’était accordé une année sabbatique afin de faire le tour du Monde avant de rejoindre une célèbre Université américaine. Après dix mois de voyages comme il les avait souhaités – surtout pas comme un touriste – il séjourna en Europe, Russie, Proche et Extrême Orient, avant de terminer par l’Afrique afin d’y étudier la pauvreté dans les pays pauvres, puisqu’il se destinait aux sciences économiques. Ses démarches auprès des habitants évoquent parfois la série télévisée J‘irai dormir chez vous où le héros sollicite l’accueil chez de parfaits inconnus afin de mieux connaître leur mode de vie, durant les dernières semaines de ce tour du Monde dont l’escalade du Kilimandjaro, qui culmine à plus de 5800 mètres devait être l’aboutissement, mais où il trouva la mort en août 2009.

Rassurez-vous, je ne dévoile pas ainsi la fin du voyage car, dès le premier plan de ce remarquable film, Fellipe Barbosa nous montre Gabriel mort, au fond d’une caverne. Ce réalisateur était son ami depuis le lycée et son dramatique destin lui a inspiré ce film à mi-chemin entre le documentaire et la fiction. Celle-ci est assurée par deux acteurs professionnels, Joào Pedro Zappa et Caroline Abras qui incarnent Gabriel et Cristina, son amie venue lui rendre visite durant la fin de son périple. Mais le reste de la distribution est assuré par les Africains qui l’ont vraiment connu et accompagné durant son dernier voyage, ce qui renforce la crédibilité de ce récit.

Etrangement, l’atout le plus émouvant de Gabriel et la Montagne réside dans la bonne humeur générale qui accompagne ce voyage initiatique alors que nous en connaissons l’issue fatale. Le caractère joyeux, naïf et optimiste de ce jeune homme, noyé dans une population aux m½urs étranges dont il ne parle pas la langue, alimente en permanence notre intérêt et ferait presque oublier la conclusion tragique de cette longue randonnée si bien commencée : il ne s’agissait pas d’une promenade dominicale en sous-bois, l’ascension finale du Kilimandjaro, plus élevé que le Mont Blanc, est l'épuisante épreuve qu’a dû également subir l’équipe de tournage sur les traces de Gabriel. Fervent amateur du cinéma français, Felipe Barbosa reconnaît l’influence de Sans toit ni loi d’Agnès Varda, film de fiction qui commence aussi par la découverte du cadavre de l’héroïne, mais son scénario va se développer dans un documentaire à tendance ethnographique comme le pratiquait Jean Rouch. C’est dans cet amalgame parfaitement réussi que résident l’originalité et les qualités de Gabriel et la Montagne.