Que Dios nos perdone

Film espagnol de Rodrigo Sorogoyen
Festival San Sebastian 2016 : Meilleur Scénario GOYA 2017 : Meilleur Acteur

Avec Antonio de la Torre, Roberto Alamo, Javier Pereira, Luis Zahera, José Luis Garcia Pérez, Monica Lopez, Maria Ballesteros, Rocio Munoz-Cobo, Ciro Miro, Andrés Getrudix, Raquel Pérez, Josean Bengoetxea





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 09-08-2017

Durée: 2h06

 

Flics ET voyous ?

Rodrigo Sorogoyen, diplômé de l’ECAM (la FEMIS espagnole), commence sa carrière en 2008 comme scénariste pour la télévision, puis co-réalisateur des séries qu’il a écrites. Passant au long-métrage, il accumule les prix dans les festivals et voit son dernier film, Que Dios nos perdone, proposé au Goya 2017 dans les catégories : Meilleur Réalisateur, Meilleur Scénario, Meilleur Montage, Meilleur Acteur, Meilleur Espoir Masculin et Meilleur Film. Fermez le ban ! Roberto Alamo a obtenu le Goya de la Meilleure Interprétation masculine.

On ne peut être qu’impressionné par tant de louanges et le film les justifie, essentiellement dans sa première partie. Les deux inspecteurs qui sont chargés d’enquêter sur un assassin de vieilles dames forment une équipe pour le moins atypique : Luis Velarde, policier brutal déjà condamné par sa hiérarchie pour son comportement violent fait équipe avec Javier Alfaro, le « cerveau » du couple, toujours en costume/cravate malgré la canicule, mais affligé d’un bégaiement incoercible. Les contraires s’attirent et ce duo le prouve puisqu’il va résister aux diverses épreuves qui l’attendent (comme Pierre Richard et Depardieu dans les films de Francis Veber, mais en moins comique). Un des intérêts de ce récit réside dans le fait que ces policiers sont moralement aussi suspects que l’assassin recherché : Valerde pour ses accès de violence incontrôlés que punit sa hiérarchie, alors que l’impeccable Alfaro envisage soudain de violer la femme de ménage de son immeuble. La première heure d’enquête, consacrée à la recherche de l’introuvable tueur, est remarquable par les péripéties qu’affronte ce duo hétéroclite jusqu’à ce que Velarde finisse par soupçonner un individu qui s’enfuit dans l’énorme foule qui remplit les rues de Madrid en août 2011, celle des croyants acclamant le Pape en visite se mêlant aux manifestants du mouvement Podemos. Va s’ensuivre une très longue poursuite dans ce chaos qui se terminera par un nouvel échec du policier.

A partir de ce moment, Rodrigo Sorogoyen change de camp et va se consacrer désormais au tueur, le jeune Andrés Bosque, sans nous épargner de visu les détails sordides de son mode opératoire alors que nous étions déjà bien renseignés par les médecins légistes qui avaient examiné les victimes précédentes. Ce film, jusqu’alors parfaitement maîtrisé, verse dans le gore complaisant, avec des justifications pseudo psychanalytiques qui tenteraient d’expliquer la dérive de cet aide soignant pourtant si apprécié des vieilles pensionnaires de la maison de retraite. Et pendant ce temps, que deviennent nos deux compères ? Velarde sera tué lors d’une ultime tentative manquée de capture d’Andrés Bosque. Quant à l’impeccable Alamo, après avoir écarté le désir de violer la femme de ménage, il retrouvera miraculeusement le coupable in fine et donnera libre cours à ses tendances sadiques dissimulées en le torturant longuement et méthodiquement avant de l’assassiner. Un début de scénario aussi riche et inventif aurait vraiment mérité une conclusion digne de cette première partie… et le tueur aussi.