Une femme fantastique
Una mujer fantastica

Film chilien de Sebastian Lelio

Avec Daniela Vega, Francisco Reyes, Luis Gnecco, Aline Kuppenheim, Nicolas Saavedra, Amparo Noguera, Trinidad Gonzalez, Nestor Cantillana, Alejandro Goic, Antonia Zegers, Sergio Hernandez


Ours d Argent pour le Meilleur Scénario 67e Berlinale


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 12-07-2017

Durée: 1h44

 

Transveuve

Sebastiàn Lelio est un jeune réalisateur chilien dont la carrière, amorcée il y a dix ans, semble surtout inspirée par les difficultés de la vie conjugale (et familiale) sous ses différentes formes. Son film précédent, Gloria, sélectionné pour la Berlinale 2013, retraçait la vie d’une sexagénaire solitaire et pétulante passant ses soirées dans les dancings de Santiago et séduisant un homme marié de sa génération en l’entraînant dans une relation torride. Avec ce rôle, Paulina Garcia obtint le Prix de la Meilleure Actrice. Pour son dernier projet, Une Femme Fantastique, Sebastiàn Lelio a cherché quels personnages pourraient constituer un nouveau couple suffisamment insolite pour notre époque blasée : après avoir écarté l’homosexualité, trop banale, il s’est orienté vers un homme mûr, Orlando, séduit par Marina, une jeune femme transgenre qui chante dans un cabaret. On commence à redouter le pire lors des premières séquences de cette idylle insolite mais, surprise, rien ne se produira car le malheureux Orlando meurt subitement !

Le film va se consacrer désormais à la nouvelle vie de Marina et à ses délicates relations avec la famille du défunt qui était marié et père de famille. Là aussi, le scénario nous surprend en évitant les poncifs redoutés car, si le fils aîné n’est guère apitoyé par le sort de la jeune femme, l’épouse semble plutôt compréhensive en n’exigeant pas qu’elle rende la voiture d’Orlando immédiatement et quitte l’appartement. Gabo, le frère du défunt, se montre même compatissant. Quant à la nécessaire enquête policière sur les circonstances du décès, elle est menée avec un certain tact. Elle dévoile que la carte d’identité de Marina mentionne « sexe masculin » et qu’elle doit donc subir un examen médical pour vérifier. Elle se soumet stoïquement à tous ces tracas humiliants mais ne supportera pas d’être exclue de la réunion familiale lors de la veillée funèbre, malgré le timide soutien de Gabo. (Reconnaissons que, même de sexe féminin, la maîtresse du mari est rarement invitée dans ce genre de cérémonie). Blessée par cette exclusion, Marina va chercher un peu de réconfort auprès d’un vieil ami, son professeur de chant, et décide d’imposer sa présence, malgré tout, au service religieux d’où elle sera expulsée sans ménagement, libérant enfin les sentiments homophobes que maîtrisaient jusqu’alors la famille. Un surréaliste épilogue "buṅuelien" la montrera suivant seule à distance Orlando qui se dirige d’un pas paisible vers le crématorium où l’attend l’incinération, puis un long plan final qui nous fait découvrir une nouvelle Marina qui chante désormais sur scène, en soliste, accompagnée d’un orchestre de musique baroque.

Selon son réalisateur, l’atout essentiel de ce film original qui se défend d’être militant, repose sur Daniela Vega, vraie chanteuse transgenre, que Sebastian Lelio avait contacté comme « consultante » et qui a fini par endosser ce rôle qu’elle seule pouvait interpréter avec autant d’authenticité. Exact : elle (ou il ?) y est vraiment fantastique.