K.O.

Film français de Fabrice Gobert

Avec Laurent Lafitte, Chiara Mastroianni, Pio Marmaï, Clotilde Hesme, Zita Hanrot, Jean-François Sivadier





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 21-06-2017

Durée: 1h55

 

KOmateux

Après Simon Werner a disparu… (2009), son premier film qui avait été bien accueilli pour avoir tenté de mélanger "thriller" et "teen movie" - comme on dit en franglais - Fabrice Gobert confirme cette tendance avec K.O. dans lequel les adolescents ont désormais atteint la maturité... et la violence aussi. Son scénario développe un principe intéressant : sommes-nous témoins d’une histoire réelle ou bien de péripéties totalement imaginaires ?

Antoine Leconte dirige une chaîne de télévision. Arrogant et antipathique, il a peu d’amis dans le milieu professionnel et on pressent que son comportement risque de le conduire à de sévères règlements de comptes. Dans sa vie privée, le tableau n’est guère plus engageant : lors d’une scène violente, il soustrait le manuscrit du roman que Solange, sa femme, vient de terminer et qui le dépeint comme un personnage odieux et détestable. Excédée, elle quitte le domicile conjugal mais, jamais battu, Antoine trouvera bien dans son personnel de quoi la remplacer. Ce comportement abusif terrifie son personnel jusqu’au jour où un employé l’abat d’un coup de revolver devant l’ascenseur… Ecran noir… Serait-ce un court métrage ?

Non : Antoine réapparaît dans un lit d’hôpital. Il se réveille d’un coma profond et dégage le pansement qui couvre sa poitrine : des points de suture referment la plaie. Le chirurgien lui annonce qu’il a été victime d’une crise cardiaque et que l’opération s’est bien passée. Le spectateur réalise donc qu’à un certain moment du prologue le récit a bifurqué dans le coma d’Antoine et que personne n’a tiré sur lui. La logique de la réalité va reprendre ses droits et Antoine, rétabli, retourne à son bureau de la télévision ou, plus exactement, vers le plateau qui diffuse le bulletin météo dont il est le populaire animateur ! Diable, mais où est donc passé l’odieux "tycoon" qui dirigeait par la terreur son empire ? Nous découvrons à la place ce météorologiste "cool" et plutôt charmant quand Antoine réapparaît dans son lit d’hôpital, s’échappant de ce nouveau rêve jusqu’à la prochaine plongée. Habite-t-il le XVIe huppé ou un immeuble vétuste près du métro aérien Quai de la Gare ? Les comédiens, eux-mêmes, avouent leur incertitude entre le domaine du réel et celui de l’imaginaire. Le scénario va ainsi se développer longuement, de cauchemars entrecoupés d’autres cauchemars, selon une alternance durant près de deux heures, émoussant peu à peu l’intérêt du spectateur car la composante définitivement onirique de ces péripéties supprime évidemment l’émotion qu’on pourrait ressentir si les multiples difficultés que rencontre Antoine étaient réelles. Reste un ultime doute qui est peut-être la clé du retour définitif à la réalité : sous la musique qui accompagne la conclusion (?) heureuse de cette histoire avec la réapparition de Solange apaisée, on perçoit les bips réguliers d’un rythme cardiaque qui ralentissent progressivement et sont remplacés par le sifflement plat du coeur d’Antoine arrêté…

Cette fois-ci, cauchemar ou triste vérité ?