Cessez-le-feu

Film français de Emmanuel Courcol

Avec Romain Duris, Céline Sallette, Grégory Gadebois, Julie-Marie Parmentier, Maryvonne Schiltz, Wabinlé Nabié, Yvon Martin, Thierry Bosc, Arnaud Dupont, Mathilde Courcol-Rozès, Armand Eloi, Konomba Traoré, Fabrice Eberhard, Pierre Berriau





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 19-04-2017

Durée: 1h43

 

Reconstructions

Après une longue activité de comédien, Emmanuel Courcol est devenu un scénariste apprécié, collaborant avec Philippe Lioret dont il a écrit Welcome, entre autres. Il portait depuis longtemps l’ambitieux projet de ce Cessez-le-feu, inspiré par des souvenirs familiaux, qui est donc sa première réalisation. La longue séquence d’ouverture dans les tranchées où les poilus attendent de monter à l’assaut sous la mitraille est impressionnante à tous les niveaux et prouve la maîtrise cinématographique évidente de ce « débutant ». Prostrés dans la boue, les soldats attendent les ordres de leur officier, Georges Laffont, qui fait preuve d’autorité, mais aussi d’humanité, face à ces hommes qui vont affronter la mort, lui en tête.

Après ces terribles années, l’Armistice a enfin libéré des survivants meurtris, presque honteux d’avoir échappé aux massacres et inaptes à retrouver une vie normale. Georges part pour la Haute-Volta, colonie française où, accompagné d’un sergent africain, Diofo, qui a combattu sous ses ordres, il se livre à des activités plus ou moins commerciales et parfois dangereuses avec son vieux camion et son bateau : le plus important, c’est de « se reconstruire » en tentant d’oublier le cauchemar européen. Mais la violence règne partout et, n’ayant pas l’esprit colonial, Georges décide de revenir en France, après cinq ans d’absence, pour reprendre contact avec sa famille.

Il y retrouve sa mère qui le croyait mort, comme son frère aîné tombé au combat. Par contre le cadet, Marcel, est revenu vivant mais sourd et muet, alors qu’aucun organe n’a été lésé. Georges, habitué à commander et à être obéi, souhaiterait aider ce frère traumatisé craignant d’abord qu’il ne simule son infirmité. Lorsqu’il découvre que Marcel apprend le langage des signes enseigné par Hélène - une infirmière démobilisée dont le mari a perdu la raison - il tente de s’opposer à ces séances qui excluent un traitement médical de son handicap. Mais la beauté d’Hélène, son comportement de femme libre et son charme finissent par vaincre son hostilité et une idylle va naître qui aura du mal à s’épanouir. De nombreux personnages animent également ce "film de scénariste" presque trop riche en péripéties qui finissent par diluer l’intérêt que le fracassant prologue avait fait naître. Entre la boue des tranchées, l’aventure africaine et l’univers trop décoratif des « années folles » qui encadre cette hésitante rencontre amoureuse, la passerelle est fragile et les héros ne s’y engagent que timidement. Cependant, on appréciera le clin d’½il de la conclusion de cette histoire qui nous montre Georges, désormais « reconstruit », dirigeant les grands travaux de réhabilitation des champs de bataille qu’il avait tant contribué à dévaster. "Sic transit..."