L'Homme aux mille visages
El Hombre de las mil Caras

Film espagnol de Alberto Rodriguez

Avec Eduard Fernàndez, Jose Coronado, Marta Etura Luis, Carlos Santos, Enric Benavent, Alba Galocha, Philippe Rebbot, Pedro Casablanc, Israel Elejalde, Tomàs del Estal, Jöns Pappila, Luis Callejo, Mireia Portas, Craig Stevenson





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 12-04-2017

Durée: 2h02

 

Faites moi confiance...

L’Homme aux Mille Visages arrive en France dans une période préélectorale particulièrement troublée par les révélations successives concernant le comportement plus ou moins légal de nombreux candidats à la plus haute fonction de l’Etat, plongeant les électeurs dans la perplexité, sinon dans le rejet d’un système politique de plus en plus indigne de leur confiance.

Mais heureusement (?), ce phénomène n’est pas une exclusivité française et le film d’Alberto Rodriguez nous décrit la grave crise qui a frappé l’Espagne en 1993 lorsqu’on découvre que Luis Roldán a porté son patrimoine à 400 millions de pesetas depuis qu’il est devenu chef de la Garde Civile sous le gouvernement socialiste de Felipe González. Il tente de s’expliquer en 1994 devant la Commission d’Investigation du Parlement, puis disparaît. Recherché dans le monde entier (alors qu’il n’est planqué qu’à Paris), il sera finalement arrêté à Bangkok en 1995 après avoir suivi à la lettre tous les conseils de son homme d’affaires, Francisco Paesa, qui a mis en sécurité le pactole de son client dans divers paradis fiscaux : c’est lui le véritable héros de cette incroyable histoire. En 1998, Luis Roldán a donc comparu devant le tribunal qui le condamne à 28 ans de prison : il en est sorti au bout de 15 ans. Francisco Paesa, lui, a vraiment disparu, se faisant passer pour mort alors qu’il résiderait toujours à Paris, continuant discrètement à s’occuper d’affaires internationales pour des entreprises qui lui feraient encore confiance. Il prétend n’avoir pas vu le film qui lui est consacré. Quant au sort de la fortune de Roldán, mystère et boule de gomme. >

J’espère que ce bref survol de l’histoire aidera les spectateurs qui pourraient être désorientés par la construction de ce film. En effet, Alberto Rodriguez a écarté le récit exact, chronologique et documentaire de cette escroquerie : durant deux heures, L’Homme aux mille visages propose un scénario enchevêtré, compliqué d’allers et retours dans le temps et l’espace, ajoutant aux véritables protagonistes de l'histoire un pilote de ligne - témoin imaginaire - destiné à nous raconter, parfois en voix off, les développements de cette délicate machination conduite par Francisco Paesa afin de venir peut-être en aide à Luis Roldán. "Peut-être", car rien n'est élucidé sur le rôle exact de cet escroc séduisant et ambigu, principal intérêt de ce scénario trop confus malgré (à cause ?) l'insertion permanente de noms de lieux, d’horaires ou de dates qui encombrent le récit comme dans certains films des années 70, soutenu par une incessante bande sonore qui nappe toutes les séquences de rythmes sourds et dramatiques. On peut s’étonner aussi que le subtil Paesa ne suggère pas à son client, chauve et barbu comme Landru, de se raser et de porter une perruque alors qu’il est recherché par Interpol et qu’il rajoute même, naïvement, des lunettes noires en espérant passer inaperçu ! Mais, oublions toutes ces réserves pour souligner la performance de l’excellent Edouard Fernandez qui incarne avec charme ce brillant escroc, le rendant sympathique au point que, nous aussi, nous lui ferions confiance s’il consentait à gérer nos avoirs planqués à Singapour. Finalement, est-ce un escroc ? Luis Roldán a été lourdement puni mais, une fois sorti de prison, peut-être a-t-il récupéré sa fortune ? That is the question. Ni le film, ni Francisco Paesa ne nous donnent la réponse.