Les Fleurs bleues
Afterimage

Film polonais de Andrzej Wajda

Avec Boguslaw Linda,Aleksandra Justa, Bronislawa Zamchowska, Zofia Wichlacz, Krzysztof Pieczynski, Mariusz Bonaszewski, Szimon Bobrowski, Paulina Galazka





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 22-02-2017

Durée: 1h35

 

Irréalisme socialiste

L’ultime film d’Andrzej Wajda, mort à 90 ans le 9 octobre 2016, décrit les quatre dernières années du peintre non figuratif Wladyslaw Strzemiński consacrées à son long combat (perdu) contre l’Etat socialiste qui considérait l’art abstrait comme décadent. Ce récit est le point final de l’impressionnante filmographie (65 longs-métrages) de ce réalisateur dont l’inspiration, depuis ses débuts, a été nourrie par la lutte de héros contestataires s’opposant, dans tous les domaines, aux décisions des autorités staliniennes lorsqu’elles étaient au pouvoir en Pologne. Honorée à Berlin, Palmée à Cannes, Oscarisée à Hollywood, la carrière internationale de Wajda lui a servi de bouclier avant que le mouvement Solidarnosc, initié par Lech Walesa, ne fasse basculer l’Etat vers plus de liberté durant la décennie 1980. En décrivant les difficultés rencontrées par un autre artiste, Wladyslaw Strzemiński, durant cette période noire, Wajda nous confirme que son sort n’était guère plus confortable face aux exigences du « réalisme socialiste. »

Grand blessé de la guerre de 1914 – il était amputé de l’avant-bras gauche et de la jambe droite - Wladyslaw Strzeminski avait rencontré sa future femme, Katarzina Kobro, qui était infirmière dans l’hôpital où il était soigné. Elle rêvait d’être artiste et commença une carrière de sculpteur aux côtés de son mari. Ils fondent dans les années Trente le Musée d’Art Moderne de Lódźt doté d’une très riche collection d’artistes européens d’avant-garde où figure aussi leur propre production. En 1936, la naissance de Nika, leur fille, ne va pas réconcilier ce couple qui passera de l’amour à la haine durant les terribles années de guerre pour se séparer en 1947. La mésentente était telle que Kobro interdira à son mari d’assister à ses obsèques qui auront lieu en 1951. C’est la fin de cette période de crise que dépeint le film d’Andrzej Wajda. En 1945, la guerre est finie. Wladyslaw Strzemiński tient un atelier en pleine campagne avec les étudiants de l’Ecole des Arts Plastiques de Lódźt où il enseigne sa « Théorie de la Vision ». C’est l’époque où les communistes prennent le contrôle du pouvoir avec l’aide de l’Union soviétique dirigée par Staline. La collectivisation des industries et de l’agriculture va également frapper les artistes qui doivent désormais bannir leurs recherches vers un Art Moderne au profit du Réalisme Socialiste, sous peine d’exclusion et de suppression des divers avantages accordés à leur activité professionnelle : fourniture du matériel pour peindre et tickets d’alimentation, entre autres. Ils sont peu nombreux à résister mais Wladyslaw Strzemiński ose affronter le ministre Wlodzimierz Sokorski qui le licencie aussitôt de l’Ecole qu’il a fondée, début d’une longue descente aux Enfers de cet artiste résistant qui prend place, naturellement, parmi les héros des films précédents d’Andrzej Wajda entre l’Homme de Marbreet l’Homme de Fer. Ecartant l’amour que lui porte une jeune étudiante et éloignant sa fille Nika pour dissimuler sa déchéance, il trouvera la force de déposer un bouquet de fleurs bleues sur la tombe de sa femme avant que la tuberculose ne le terrasse. Enfin, on ne peut évoquer ce film testament sans souligner l’étonnante performance du grand acteur Boguslaw Linda qui incarne cet artiste grand mutilé de guerre sans l’intervention, semble-t-il, des remarquables trucages numériques qui avaient transformé en cul-de-jatte Marion Cotillard dans De rouille et d’osde Jacques Audiard.