LUMIERE !

Film français de Thierry Frémaux

Avec Documentaire





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 25-01-2017

Durée: 1h26

 

Flash-Back

Le 28 décembre 1895 a lieu à Paris, dans le salon indien du Grand Café, la première projection pour un public payant du "Cinématographe" des frères Lumière, aboutissement et synthèse géniale des nombreux tâtonnements qui avaient précédé cette invention due aux intuitions de Marey, Muybridge, Reynaud, Edison, Demeny, entre autres. L’entrée coûtait un franc et 33 spectateurs, dont Georges Méliès, se laissèrent tenter. Mais, dès les semaines suivantes, des milliers de curieux vinrent voir ces "vues animées" dues à l’opérateur (et inventeur) Louis Lumière qui soulevèrent l’enthousiasme. Il s’agissait de très courts métrages : 17 mètres de pellicule 35 mm (format standard du Kinétoscope d’Edison), soit 50 secondes à 16 images/sec. Le programme proposait, en plus de la fameuse "Sortie des Usines Lumière", Promenade en mer, l’Arroseur arrosé, le Repas de Bébé et d’autres "vues animées" filmées l’été précédent. Il y avait évidemment une énorme différence entre les films Lumière et ceux d’Edison (qui n’étaient tournés qu’en studio) : ces derniers animaient une image minuscule pour un seul spectateur (prémonition de la télévision ?) alors que le "Cinématographe" projetait sur un grand écran une image filmée en extérieur, pour un public nombreux qui pouvait réagir à ce spectacle collectif. Autres avantages de cette caméra prodigieuse : elle servait aussi de laboratoire de développement… et de projecteur ! Qui dit mieux ?

L’affaire était entendue : dans les mois suivants, la France, l’Europe, l’Amérique adoptèrent le "Cinématographe" Dès 1896, même Shanghai était équipé. Des équipes d’opérateurs formés à Lyon sillonnent le monde et en rapportent des images étonnantes. Ces cinéastes de la première génération mettent ainsi en place en quelques années les bases de l’écriture cinématographique : panoramiques, plongée et contre plongée, travellings, truquages (que Méliès va sublimer), le gag, les Actualités, le documentaire, toutes ces étapes apparaissent dans LUMIÈRE ! que Thierry Frémaux vient de réaliser. Délégué général du Festival de Cannes et directeur de l’Institut Lumière à Lyon, il a donc sélectionné 114 films de 50 secondes parmi les 1422 qui composent la collection des vues animées produites entre 1895 et 1905. Avec humour et précision, son commentaire nous prévient des éléments à ne pas manquer durant ces très brèves séquences dont la qualité photographique, grâce à une restauration numérique minutieuse, est irréprochable ainsi que la cadence de projection qui restitue le mouvement naturel des personnages. Un accompagnement musical de Saint-Saëns, contemporain de cette époque, soutient avec une délicate efficacité les péripéties de ces petites bobines peuplées de disparus qui nous ressemblent tellement quand ils sont animés, se promènent dans les rues et s’arrêtent pour nous faire signe, alors que les photographies figées de nos aïeux ne peuvent susciter le même trouble. Ah, si Louis Lumière était né beaucoup plus tôt, quelle émotion nous troublerait de voir déambuler les Athéniens sur l’Agora, comment une armée de maçons égyptiens parvenait à hisser des blocs de six tonnes pour édifier les Pyramides, sans oublier les sublimes peintres décorant la grotte Chauvet entre deux chasses aux bisons.