Corniche Kennedy

Film français de Dominique Cabrera
Inspiré du roman de Maylis de Kerangal

Avec Aïssa Maïga, Lola Créton, Alain Demaria, Kamel Kadri


Sélectionné aux Festivals de Montreuil, Le Croisic, Angoulême, FID Marseille


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 18-01-2017

Durée: 1h34

 

Plongeons divers

Dominique Cabrera est née en Algérie d’où elle a été chassée en 1962. Après son diplôme de l’IDHEC, elle va réaliser des documentaires sur la jeunesse des banlieues difficiles, évoquant parfois le pays perdu qui hante également son premier long-métrage L’Autre Côté de la mer (1996). Mais son inspiration et sa formation de documentariste l’amène à traiter des sujets aussi variés que le "baby blues" d‘une jeune mère dans Le Lait de la tendresse humaine (2001) ou une autobiographie sous forme d’un "home movie" étalé sur dix ans consacré à sa propre famille : Grandir (2013). Réalisatrice éclectique, Dominique Cabrera va retrouver dans Corniche Kennedy, Marseille, le parfum de sa lointaine Algérie, son climat, la Méditerranée et cette population bigarrée où se mêlent Africains et Européens aux modes de vie divergents.

Depuis son balcon qui domine le boulevard du bord de mer - la corniche Kennedy - Suzanne est fascinée par un groupe de jeunes gens qui plongent du haut des rochers en frôlant la falaise. A la veille du Bac, cette fille de famille aisée s’enhardit et descend se mêler au petit groupe de plongeurs, garçons et filles issus des quartiers populaires, qui passent leurs journées à se lancer des défis. La bourgeoise Suzanne, après quelques rites d’initiation, est finalement adoptée et se mêle désormais à la bande, malgré la réticence des parents affolés par cette fréquentation. Peu à peu, Suzanne s’enhardit dans la pratique de ce sport suicidaire et dans sa relation avec Mehdi et Marco, les deux caïds du groupe, qui vont chercher des rochers de plus en plus hauts pour s’élancer dans le vide. Comme Suzanne, nous sommes fascinés par leurs exploits et angoissés par la mort qui rôde. Ce qui étonne dans ces relations entre garçons et filles, c’est leur extrême chasteté comparée à leur apparente liberté de moeurs affichée. A l’exception de Lola Creton, tous ces jeunes acteurs sont des non professionnels remarquables par leur aisance, leur courage et la prise de risques permanente que suscite un tel tournage, qualités réelles de ce film qui sont à porter au crédit de Dominique Cabrera.

On s’étonne donc que cet excellent document(aire) sur ce sport dangereux et ses pratiquants ait pu paraître insuffisant à la réalisatrice pour intéresser le public et qu’elle y ait mêlé une intrigue policière aussi banale que confuse, avec des flics aux allures de malfrats, sur la piste d’un trafic de drogue auquel participe Marco, le héros issu des quartiers « difficiles », bien entendu. Plus surprenant encore, ces policiers hirsutes et proches de la retraite sont sous les ordres d’une ravissante (et jeune) commissaire qui pourrait être leur petite-fille mais tente d’endosser le rôle généralement attribué à Clint Eastwood dans les polars californiens. Après une ultime course poursuite mollassonne au bord de mer, Suzanne et Marco parviendront à échapper à leurs cacochymes poursuivants, après avoir aidé la commissaire paralysée par un vertige qui, reconnaissante, les laissera s’enfuir. Bizarre de voir toutes les qualités réelles de ce film plonger et se noyer ainsi dans un dénouement aussi paresseux qu’incroyable.