La Mécanique de l'Ombre

Film français de Thomas Kruithof

Avec Bérénice Bejo, Valerio Mastandrea, Nicolo Cabras, Dario Dal Pero, Barbara Ronchi, Emmanuelle Devos





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 11-01-2017

Durée: 1h33

 

Un employé modèle

Duval était un employé modèle : ponctuel, efficace, disponible. Sans revendication particulière, il était rassuré par l’encadrement stable dans lequel il accomplissait son travail... Jusqu’au jour où un ordre injuste va le faire chavirer et l’envoyer à Pôle Emploi. S’ensuivent deux années de chômage. Contacté par un mystérieux homme d’affaires qui lui propose un travail simple mais bien payé, il accepte car il est à bout de ressources et que son nouvel emploi consiste simplement à retranscrire des écoutes téléphoniques avec une machine à écrire. Une machine à écrire sur du papier ? A notre époque où l’informatique a remplacé ce matériel obsolète ? Obsolète oui, mais blindé contre le possible piratage du numérique. Duval se doute que ces conversations enregistrées ne doivent pas tomber dans n’importe quelles oreilles, mais il ne déteste pas ce retour vers un matériel vétuste que l’homme devait maîtriser. L’autre étrangeté de ce nouvel emploi, c’est la solitude. Il travaille dans un appartement désert occupé par une table, une chaise et la machine à écrire, visité régulièrement par des inconnus venus chercher les feuillets dactylographiés.

La mise en place de cette situation est très réussie, avec un François Cluzet qui incarne parfaitement ce personnage terne et soumis. Ce comédien aux talents variés qui peut jouer un navigateur solitaire, un médecin de campagne, un tétraplégique ou le faux maître d’œuvre d’un chantier d’autoroute, fait de Duval une énigme, tant il semble capable de cohabiter avec les mystérieux personnages qui gravitent autour de lui sans les situer : espions ? trafiquants ? services secrets ? marchands d’armes ? Mais à partir du moment où il va falloir qu’il trouve une réponse à ces questions, l’originalité du film se dissipe et bascule dans un affrontement où Duval, sortant de sa torpeur, va progressivement prendre l’initiative face à ses étranges employeurs dans une intervention qui semble bien improbable pour un homme aussi soumis. Il est loin d’être un lanceur d’alerte comme Edward Snowden qui cherche à déstabiliser le système. A la fin de La Mécanique de l’Ombre, Kafka cède la place à John le Carré. On peut certes le regretter, mais Thomas Kruithof, qui ne cache pas son goût pour le thriller, a préféré ce style pour conclure ce premier film intéressant, avec l’efficace soutien d’une brillante équipe de comédiens.