La grande Muraille
The Great Wall

Film chinois de Zhang Yimou

Avec Matt Damon, Jing Tian, Pedro Pascal, William Dafoe, Andy Lau, Hanyu Zhang, Lu Han





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 11-01-2017

Durée: 1h44

 

Poudre à canon et Poudre d escampette

Ce matin-là, quand Louis Lumière tournait la manivelle de son cinématographe devant la sortie de ses ouvriers, comment aurait-il pu imaginer que ce miracle – une image "animée" – donnerait naissance à des spectacles aussi stupéfiants que La Grande Muraille ? Zhang Yimou, un des grands cinéastes chinois, récompensé par l’Ours d’Or de la Berlinale 1988 dès son premier film Le Sorgho Rouge, a été maintes fois sélectionné dans les festivals et les Oscars au cours d’une carrière constellée de films ambitieux aux sujets variés, passant du drame à la comédie. Avec La Grande Muraille, il s’inspire d’une légende qui justifierait l’édification de ce mur gigantesque afin de protéger la Chine, non seulement d’une attaque militaire, mais surtout des milliers de monstrueux dragons, les TaoTei, qui viennent tous les soixante ans attaquer l’armée chinoise en garnison le long de cet édifice qui, de toute évidence, a mieux résisté que la ligne Maginot. Se trouvent mêlés à cet étrange conflit, deux mercenaires européens à la recherche de la poudre à canon - inventée par les chimistes locaux - qu’ils comptent bien rapporter en Europe qui en fera le bon usage que l’on sait. D’abord emprisonnés dans le donjon, nos forbans prennent part avec vaillance aux violents combats contre les envahisseurs et deviennent rapidement les meilleurs alliés des assiégés stupéfaits par leurs capacités. Bien entendu, ce scénario de BD n’est pas l’atout principal du film, ni le robinet musical qui inonde le récit du début à la fin, ni l’incroyable invulnérabilité des deux héros de l’histoire qui nuit gravement à la possibilité de s’intéresser à leur sort. Le véritable intérêt de ce spectacle tient dans l’exceptionnelle qualité des effets spéciaux et la beauté des paysages désertiques qui entourent les décors reconstitués. On se doute bien que les fonds verts n’ont pas dû chômer, mais la virtuosité des incrustations et les impressionnantes cavalcades des milliers de TaoTei partant à l’attaque incessante des murailles, les salves de boulets enflammés ou l’envol poétique de dizaines de montgolfières méritent qu’on salue la perfection du travail de leurs créateurs. Une autre satisfaction, et non des moindres, est de découvrir qu’une co-production sino-américaine est désormais possible, alliance qui paraissait, il y a peu, aussi inimaginable que l’avenir prodigieux du cinéma naissant, pour Louis Lumière, ce matin-là.