Nocturnal Animals

Film américain de Tom Ford

Avec Amy Adams, Jake Gyllenhall, Michael Shannon, Aaron Taylor Johnson, Isla Fisher, Karl Glusman, Armie Hammer, Laura Linney





Par Henri Lanoë
 
Sortie le 04-01-2017

Durée: 1h57

 

Règlements de conte

Après A Single Man (2009) qui décrivait avec délicatesse le veuvage d’un professeur d’anglais homosexuel, Tom Ford nous propose Nocturnal Animals qu’il présente comme une sorte de fable sur la mésentente d’un jeune couple inspirée par le best-seller d’Austin Wright, Edward and Susan, conte cruel sur la vengeance d’un écrivain en début de carrière, bafoué par sa femme qui ne croyait pas à son talent, d’où la rupture. Quelques années plus tard, Susan est devenue galeriste d’avant-garde à Los Angeles et accueille les invités huppés du vernissage d’un artiste californien dont elle expose les dernières créations : de vraies femmes nues et obèses allongées sur des socles. Elle est remariée mais cette nouvelle union - avec un riche mari de plus en plus absent - n’est guère plus réussie que la première. Bref, Susan s’ennuie dans sa villa luxueuse qui domine la ville. On peut admettre que Tom Ford connaît bien ce milieu puisque, avant de réaliser des films, il est passé par la case styliste de mode - chez Gucci et Yves St Laurent - où sa renommée lui a valu de nombreux prix. Comme quoi, une fois de plus, tous les chemins mènent au cinéma !

 

            Durant ces années de séparation, Edward est devenu un écrivain apprécié. Il se manifeste un jour en envoyant à Susan son dernier livre dédicacé dont le titre, Animaux Nocturnes, fait allusion au surnom qu’il lui avait donné dans leur jeunesse heureuse. Intriguée, Susan se plonge dans ce récit inspiré par leur vie passée et le film va désormais balancer entre la lectrice et le déroulement d’un récit cauchemardesque qui entraîne la famille de Tony (Edward s’est incarné dans ce personnage) prise en chasse sur une route déserte du Texas par un gang de voyous qui l’abandonne en pleine nuit, après s’être emparé de sa voiture et gardé sa famille en otage. A l’aube, Tony finit par trouver un sheriff taiseux qui va mener l’enquête : elle aboutira à une macabre découverte. Ce récit d’une grande violence trouble évidemment le spectateur mais aussi Susan qui interrompt souvent sa lecture par l’évocation de sa jeunesse avec Edward et des erreurs qu’elle a pu commettre à son égard. Le film se développe ainsi par l’alternance de trois récits de tonalités très différentes entre le passé insouciant et heureux, un présent morne et décevant (malgré un train de vie luxueux) et un thriller effroyable dans les étendues désertiques du Texas. Il est évident que ce dernier nourrit l’intérêt du spectateur par son rythme et sa brutalité qui contrastent avec la dolce vita apparente de Susan, évoquant la tendre idylle de sa jeunesse dans son décor de nouvelle riche californienne. C’est peut-être là le point faible de ce scénario astucieux qui, malgré une réalisation brillante, court trop de lièvres à la fois en amalgamant trois récits aux genres si totalement différents.

 

            Edward a accompagné l’envoi de son livre d’une note à Susan la conviant à une rencontre après lecture. S’y rendra-t-elle ? Si oui, qu’en résultera-t-il ? N’espérez pas que je vous livre la conclusion de cette histoire : j’en ai déjà trop dit, à vous de juger.