Fais de beaux Rêves
Fai bei sogni

Film italien de Marco Bellocchio

Avec Bérénice Bejo, Valerio Mastandrea, Nicolo Cabras, Dario Dal Pero, Barbara Ronchi, Emmanuelle Devos


Sélection Quinzaine des Réalisateurs Cannes 2016


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 14-12-2016

Durée: 2h13

 

Familles, je vous aime

A la fin des années 60, succédant au néo-réalisme de l’immédiat après-guerre, apparaît la Nouvelle Vague italienne, précédant de peu l’ébranlement de mai 1968 et menée par Ermanno Olmi, Bernardo Bertolucci et Marco Bellocchio (26 ans) dont le premier film, Les Poings dans les poches, provoque un scandale par sa violence anti-cléricale et sa haine de la famille, sentiments toujours présents dans certains de ses films suivants et encore dans son dernier, Fais de Beaux Rêves, que Marco Bellocchio vient de réaliser. Alors que le talent de Bertolucci - comme celui des grands réalisateurs tchèques – a été émoussé par la carrière américaine, il est émouvant de voir les choix de sa jeunesse toujours présents aujourd’hui chez cet homme de 77 ans. A vrai dire, il y a de notables différences dans ce film indiquant une certaine évolution des sentiments de Bellocchio envers ses cibles favorites : il nous montre enfin un prêtre intelligent doutant de ses certitudes et, surtout, l’amour éperdu d’un jeune garçon pour sa mère adorée. Nous sommes loin désormais de la haine violente qu’éprouvait l’adolescent des Les Poings dans les poches pour la vie familiale.

1969, à Turin. Massimo a 9 ans. Il adore sa mère, joue et danse le rock avec elle dans le salon, l’accompagne dans ses promenades, chaque journée est une source de bonheur. Mais quand elle est seule, cette adorable maman semble souvent préoccupée et même angoissée… Soudain, elle va disparaître mystérieusement de la maison. Le père confie à son fils qu’elle est malade et hospitalisée, puis l’emmène chez un curé qui lui annonce que Dieu l’a rappelée et qu’elle est à présent au Paradis, heureuse. Massimo n’en croit rien et sait que son père lui cache la vérité ; seul un autre prêtre, plus subtil, esquisse une réponse incertaine sur la vie et la mort qui n’apaisera pas davantage un si jeune enfant.

Les années passent, nous sommes en 1990, Massimo est devenu un journaliste important dans un grand quotidien. Comme correspondant de guerre, il couvre la bataille dans les Balkans et assiste aux drames insupportables qu’elle suscite, surtout lorsqu'elle rend orphelins d’innocents enfants. Car Massimo n’a toujours pas intégré la perte de sa mère, douleur permanente qui mine depuis des années son aptitude à vivre en société et va encore s’accroître avec la mise en vente de l’appartement familial d’où resurgit, sans répit, le souvenir des chagrins et des joies de son enfance. Jusqu’au soir où une terrible crise d’angoisse le terrasse : il se traîne vers le téléphone pour appeler les Urgences. Une jeune femme, médecin de garde, le calme d'une voix apaisante et le guide patiemment sur la conduite à tenir pour surmonter son malaise. Elle y parvient et Massimo, reconnaissant, voudra rencontrer cette femme qui a réussi ce miracle. Va-t-il retrouver une forme d’apaisement en découvrant enfin la cause de la disparition de sa mère ?

J’arrête là un résumé qui ne pourrait que trahir la richesse de ce film, inspiré par le roman autobiographique du journaliste Massimo Gramellini. Ce grand cinéaste apaisé y a trouvé la matière qui lui a permis de faire la preuve d’un talent toujours intact, soutenu par la présence essentielle de Valerio Mastandrea dans le rôle de Massimo adulte et celui du jeune et émouvant Nicolò Cabras, en Massimo enfant.