Go Home

Film libanais de Jihane Chouaib

Avec Golshifteh Farahani, Maximilien Sewerin, François Nour, Mireille Maalouf, Julia Kassar, Mohamad Akil


Sélection aux Festivals de Dubaï, Busan et Edimbourg


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 07-12-2016

Durée: 1h38

 

Etrangère chez soi

La famille de Jihane Chouaib a fui le Liban lorsque la guerre civile a éclaté en 2006. Elle a passé son enfance au Mexique puis est arrivée en France où elle a fait, sans enthousiasme, une maîtrise de philosophie avant de s’infiltrer dans le cinéma en écrivant un scénario de moyen métrage pour un copain qu’elle a fini par co-réaliser. Elle a enchaîné avec des courts–métrages personnels autant qu’étranges, mais portait déjà en elle le projet de Go Home qu’elle n’osait pas finaliser car son parcours d’exilée privilégiée lui semblait incompatible avec les drames vécus par ses compatriotes restés sur place. En 2012, elle a réalisé un long documentaire, Pays rêvé, où elle ramenait chez eux des Libanais en exil afin de les confronter avec la nouvelle réalité locale. Après ce film, elle s’est sentie réintégrée, donc capable de traiter le délicat sujet du retour en s’inspirant de sa propre vie. Nada revient dans le village de son enfance, vingt ans après la guerre civile, et découvre que la maison familiale est bien mal en point et ce qui reste du beau jardin devenu une décharge d’ordures. Sans dévoiler son identité ni les raisons de sa présence, elle occupe les lieux qu’elle entreprend de nettoyer et restituer patiemment, sans aide, ce qui intrigue le voisinage avec lequel les rapports sont difficiles. Sans être traitées comme des "flashes back", des images d’un passé heureux se glissent dans la continuité du récit au présent, évoquant la relation affectueuse de la petite Nada avec son grand-père qui a « disparu » comme des milliers de Libanais : mort ? exilé ? Là aussi, les villageois ne sont guère coopératifs car, après une guerre civile, tout le monde se sent coupable même quand on est innocent. On peut rapprocher de cette situation le film de l'Israélienne Shirel Amiteï Rendez-vous à Atlit" (2015) traitant également du sort d'une maison de famille récupérée par trois soeurs qui divergent sur le partage équitable de cette bâtisse située de surcroît… en Palestine !

Sam, le frère de Nada vient la rejoindre afin de l’aider à vendre leur villa, ce qui n’était guère dans les projets de sa soeur, mais favorise l’établissement d’un dialogue avec les voisins qui consentent enfin à parler «entre hommes». Ce machisme évident ne va pas rendre sa bonne humeur à Nada qui se sent de plus en plus isolée et étrangère dans ce pays qu’elle a quitté enfant et dont elle ne parle plus correctement la langue. Pour l’avoir vécu, Jihane Chouaib nous transmet ce malaise permanent par la qualité de sa réalisation soutenue par une très efficace bande son constituée de bruits réalistes traités comme une partition d’orchestre, mais presque sans l’intervention d’instruments de musique. Et la remarquable actrice iranienne Golshifteh Farahani, dans le rôle de Nada, complète les nombreux atouts de ce premier long métrage parfaitement maîtrisé.