Intervention Divine

Film palestinien de Elia Suleiman

Avec Elia Suleiman, Manal Khader


Prix de la Critique, Cannes 2002


Par Henri LanoŽ
 
Sortie le 02-10-2002

Durée: 1h40

 

Un Cinéma tout neuf

Actuellement, Fr.3 passe en fin de soirée son journal télévisé d’il y a vingt ans (1982). J’ai ainsi vu Ariel Sharon mis en accusation, à la Knesseth, pour ses exactions au Liban, des manifestations palestiniennes dans les rues, avec drapeaux et portraits d’Arafat, etc. La routine, quoi…

Quand on se rappelle que l’occupation allemande a duré quatre ans (dont deux pour l’ensemble du territoire français) et les traces indélébiles qu’elle a laissées, que peut penser un Palestinien qui subit ce sort depuis cinquante-quatre ans ? Il ne s’agit plus du " devoir de mémoire ", mais d’un drame quotidien qui se déroule sous nos yeux, dans un monde que la télévision surinforme depuis un demi-siècle, ce qui n’était pas le cas dans les années Quarante.

 

On pouvait redouter que Intervention Divine traduise légitimement l’exaspération des Palestiniens par un film militant, revanchard et cocardier. Elia Suleiman nous propose, au contraire, une sorte de conte philosophique plein d’humour, proche de Tati, d’Etaix et de Norman Mc. Laren, qui relate la difficile relation amoureuse unissant un garçon de Nazareth et une fille de Ramallah que sépare l’occupation israélienne. Cette chronique, ponctuée de gags discrets, poétiques ou absurdes qui rendent hommage au cinéma muet, se termine par une étrange séquence patriotique où l’héroïne se transforme en super-woman invulnérable, symbole de la résistance de tout un peuple. Et l’ultime plan sur une cocotte-minute sous-pression en dit long sur la situation explosive qui règne dans cette région.

Si vous voulez découvrir le cinéma inconnu d’un peuple trop connu, allez voir Intervention Divine, ou comment l’humour peut-être une arme.