Full Frontal

Film américain de Steven Soderbergh

Avec Julia Roberts, Blair Underwood, Catherine Keene





Par Christophe Litwin
 
Sortie le 02-10-2002

Durée: 1h40

 

Un résumé de Full Frontal ? On se heurte d’abord au chevauchement d’histoires sans autre lien apparent que leur lieu : Los Angeles.

Certaines semblent réelles : la vie d’une masseuse qui rêve d’une relation Internet avec un inconnu, les aventures d’une directrice des ressources humaines obsédée par une vie glamour, le désespoir d’un scénariste frustré… D’autres sont plus impromptues : l’intoxication d’un chien par un space-cake, ou le devenir conjugal d’un godemiché… Enfin certaines incarnent le rêve hollywoodien : la love-story d’une journaliste zélée et d’un acteur à succès, ou encore les apparitions de Terence Stamp et de Brad Pitt dans leurs propres rôles…

Cette complexité est redoublée par un jeu sur les niveaux de réalité (ou plutôt de fiction) de ces histoires : certaines d’entre elles ne se croisent pas alors qu’on pouvait s’y attendre, d’autres se rejoignent inopinément. Soderbergh multiplie les effets de mise en abyme. Seule la prise de vue et le type de caméra semblent un moment nous guider : les filtres de couleur varient, certaines prises sont réalisées en caméra DV… De ce point de vue, Soderbergh s’attache à ne pas masquer les effets vidéo ; il accentue volontiers les limites du procédé, privilégie une esthétique (pixellisation renforcée, couleurs baveuses) qui produit un contraste saisissant avec les autres séquences, en particulier lorsque la tonalité bleu-gris de certains plans accentue la lumière cristalline éclairant les moments de fiction dans la fiction.

Ces jeux sur les effets sont nettement plus aboutis que dans Traffic. Néanmoins leur usage semble devenir trop systématique au cours du film. Il n’est pas évident que le parti pris esthétique de Soderbergh convienne autant au long-métrage qu’à la publicité, ou aux clips musicaux…

Finalement, même si la complexité du scénario n’est pas complètement maîtrisée (le dénouement donne au spectateur le sentiment que cette complexité des agencements et des prises de vue a quelque chose d’un peu gratuit), ce film donne l’impression d’être un exercice de style réussi. On admirera la virtuosité du réalisateur, mais la multiplication des effets de distanciation aidant, Full Frontal ressemble au travail préparatoire d’un autre film (qui sera véritablement une œuvre ?) sans apparaître lui-même vraiment abouti… On n’éprouve assez peu de choses pour les personnages, et l’on est rarement piqué au vif. Comme pour Panic Room de David Fincher, la maîtrise technique et le talent sont là, mais plutôt comme des prémisses : on a l’impression que l’œuvre de Soderbergh (à l’exception notable de The limey, l’Anglais) n’est pas encore à la mesure de son talent.