Paulina

Film argentin de Santiago Mitre

Avec Dolores Fonzi, Oscar Martinez, Esteban Lamothe, Cristian Salguero


Grand Prix Semaine de la Critique Cannes 2015


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 13-04-2016

Durée: 1h43

 

Forte tête

Après ses études à l’Universidad del Cine de Buenos Aires, Santiago Mitre réalise des courts-métrages et des films publicitaires avant de se consacrer à une activité de scénariste, notamment avec Pablo Trapero pour lequel il co-écrit Leonora (2009), Carancho (2010) et Elefante Blanco (2012), trois films sélectionnés et bien accueillis à Cannes. Il produit et réalise en 2012 son premier long-métrage, El Estudiante , qui remporte de nombreux prix dans divers festivals. Il nous présente aujourd’hui un drame social tendant vers le thriller, Paulina , inspiré par un film argentin de 1960 La Patota" (Le Gang ), réalisé par Daniel Tinayre, écrit et produit par Eduardo Borras, deux célébrités de cette époque.

Après de brillantes études de Droit, Paulina, fille d'un haut magistrat, annonce à son père qu’elle renonce à la carrière d’avocat : elle veut se consacrer à l’enseignement dans une des régions les plus défavorisées d’Argentine afin d’être en accord avec ses choix politiques. Le père, stupéfait, tente de la faire revenir sur sa décision. Cette scène de rupture ouvre le film dans un long plan séquence où s’affrontent en vain les arguments de ces deux juristes professionnels. Issu d’une famille de hauts magistrats, Santiago Mitre a certainement puisé dans ses souvenirs les discussions qui ont dû l’opposer à son père, secrétaire à la Présidence, lorsqu’il a émis le souhait de faire carrière… dans le cinéma ! Il fait la preuve de ses qualités de dialoguiste dans cet affrontement préliminaire et nous sommes alternativement sensibles aux arguments des deux parties. Le fiancé de Paulina tente mollement de la détourner de son projet mais échoue également. Finalement, notre rebelle ne cédera pas et va occuper un poste d’enseignante dans les faubourgs de Posadas où la misère engendre la violence et où des bandes de gamins désoeuvrés font la loi.

Son désir de justice sociale ne suscite guère d’écho dans cette jungle où elle n’a trouvé qu’une amie compatissante chez laquelle elle va dîner parfois en prenant sa moto car elle vit à la campagne. En revenant d’une de ces soirées, elle fait une chute dans l’obscurité et se retrouve encerclée par une bande d’adolescents qui l’agresse tandis que l’un d’eux la viole. Paulina, meurtrie, reprend quand même ses cours avec la certitude que ses agresseurs font partie de sa classe. Lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte, on commence à craindre que tous les éléments d'un mélo se mettent en place mais Santiago Mitre, que la fréquentation de Pablo Trapero, a blindé, parvient à les maîtriser car, dans cette histoire, Paulina ne sera jamais une victime mais toujours une battante. Son fiancé voudrait la venger, son père souhaite qu’elle fasse confiance à la Justice et porte plainte, mais cette inébranlable fille de juge choisit une surprenante issue : elle veut garder l’enfant. Cet état de rébellion permanente trouve une parfaite incarnation dans Dolores Fonzi qui obtient notre empathie alors que l'héroïne prend des décisions que même la comédienne a mis parfois en doute.

Depuis dix ans, l’Argentine est dirigée par une femme. Malgré (à cause de ?) cela, l’avortement reste interdit par l’Etat avec l’appui de l’Eglise catholique, dirigée de nos jours par un Pape argentin. Preuve d’une évolution des moeurs, le mariage gay est autorisé depuis longtemps, mais l’interruption de grossesse est toujours impossible : rassurez-vous, ce n’est évidemment pas par obéissance à la loi que l’imprévisible Paulina veut conserver cet enfant non désiré.