Danish Girl
The Danish Girl

Film anglais de Tom Hooper

Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw, Sebastian Koch, Amber Heard, Mathias Schoenaerts


Sélection Biennale de Venise 2015


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 20-01-2016

Durée: 2h.

 

En transit

Dans les années 20, un couple de peintres danois commence à être apprécié par les amateurs de Copenhague, surtout le mari, Einar Wegener, dont les paysages brumeux attirent davantage les amateurs que les portraits mondains de sa femme, Gerda. Cette différence dans l’appréciation n’entame pas la relation de ces jeunes artistes amoureux jusqu’au jour où Gerda, en retard pour achever la commande d’une cliente, demande à son mari d’enfiler la robe de celle-ci afin de terminer le tableau en son absence. Einar s’exécute et éprouve, ainsi vêtu, un trouble évident : il se sent davantage lui-même qu’habillé en homme. A partir de cette découverte, il va progressivement accepter cette identité féminine avec la complicité de Gerda dont l’amour reste d’autant plus intact que sa propre créativité se trouve revivifiée par cette muse inattendue : son mari chéri devenu désormais Lili Elbe.

Mais la société danoise est choquée - Lars von Trier n'est pas encore né - par ce couple qui assume sa différence. Gerda et Lili partent donc pour Paris, ville connue pour sa tolérance, son goût des arts et son ouverture d’esprit. La carrière artistique de Gerda va s’épanouir alors que celle de Lili s’étiole, mais ce couple exceptionnel restera solidement relié jusqu’à la délicate opération chirurgicale - une première pour les transgenres - qui va tenter de transformer son mari en femme.

Ce film est inspiré par le roman Danish Girl de David Ebershoff qui a séduit Tom Hooper, réalisateur de Le Discours d'un roi(Oscar - 2010) et Eddie Redmayne (Oscar du meilleur acteur pour Une merveilleuse histoire du temps - 2014). Avec de tels atouts, soutenue par une troupe d’excellents comédiens, les meilleurs techniciens et la musique d'Alexandre Desplat, il semble que la qualité du spectacle soit garantie. Elle l’est, sans aucun doute, mais la beauté des lieux, des costumes et des coiffures conduit le récit vers un académisme décoratif "d’époque", écueil qu’avait su éviter Tom Hooper dans l’émouvant Discours d'un roi où une famille apparemment banale venait consulter un orthophoniste peu orthodoxe pour vaincre un bégaiement royal. On peut aussi s’étonner qu’avec de tels moyens, la longue séquence parisienne ne soit pas tournée dans notre capitale, suggérée par deux plans de la tour Eiffel de nuit filmée par la seconde équipe, encadrant des scènes de rues bordées de monuments qu’on ne risque pas de trouver le long de la Seine. Ces regrets ne concernent évidemment pas le talent des deux comédiens principaux, Alicia Vikander et l'étonnant Eddie Redmayne, qui incarnent ce couple exceptionnel et fascinant.