ERTAN ou La destinée
Cracks in concrete

Film autrichien de Umut Dag

Avec Murathan Muslu, Aleshan Tagaev, Ivan Krisnjak, Shamil Lliskhanov, Daniel Mijatovic, Magdalena Pawlus


Sélection 64è Festival de Berlin


Par Henri Lanoë
 
Sortie le 21-10-2015

Durée: 1h45

 

Rap ou rapines ?

Ertan ou La Destinée est le deuxième long-métrage réalisé par Umut Dağ, né en Autriche de parents kurdes immigrés. Le héros du film, Ertan, est également un Autrichien de la deuxième génération mais, voyou repenti, il sort de dix ans de prison et n’a plus aucune envie d’y retourner. Ouvrier sur un chantier, il va rencontrer Mikail, un adolescent qui vit de larcins et tente de s’introduire dans les milieux du rap dont les thèmes le confortent dans l’idée que la délinquance est la seule issue pour échapper à sa condition sociale. Emu, Ertan revoit dans ce jeune garçon à la dérive ce qu’il a été et va tenter de le sortir de ce milieu sordide qui risque de le faire plonger, lui aussi, dans la criminalité. Cette histoire sèche et violente est remarquablement interprétée par des jeunes comédiens non professionnels qui entourent Ertan, interprété par Murathan Muslu, lui-même ancien maçon devenu rappeur, qui est aujourd’hui un acteur apprécié du cinéma autrichien (sans être passé par la case prison, heureusement).

Devenu un cinéaste reconnu dans son pays d’accueil et à l’étranger, Umut Dağ estime que son statut lui permet de traiter en connaissance de cause les difficultés rencontrées par les populations déplacées. Le casting de son film a sélectionné des jeunes gens aux domiciles incertains, qui vivent de divers larcins et ne sont plus scolarisés. Ils s’expriment avec une diction très rapide et ont du mal à retenir les dialogues écrits du scénario qu’ils remplacent par leur jargon : tous ces éléments récupérés par le réalisateur donnent au film un réel brevet d’authenticité.

Le scénario décrit un univers de violence permanente, d’autant plus impressionnante qu’elle émane de très jeunes gens, ce qui justifie les efforts déployés par Ertan pour ramener vers une existence moins dangereuse ces adolescents égarés dans un monde régi par la brutalité, et la fin du film nous confirmera la véritable raison de son acharnement à sauver Mikaïl. Mais on ne peut s’empêcher de penser que le tableau lugubre de ces enfants d’émigrés dépeints par Umut Dağ risque de conforter les craintes des pays qui les accueillent, bon gré mal gré. Son premier film, Une Seconde Femme, traitait également de la difficile intégration aux moeurs viennoises des familles kurdes mais la violence était remplacée par un humour certain qui n’empêchait pas le scénario de critiquer sèchement le sort réservé aux femmes dans ces familles engluées dans des traditions patriarcales. Par contre, ce regard - ironique mais objectif - est pratiquement absent dans Ertan ou la Destinée qui dépeint l’échec scolaire de ces gamins que ni les mères ni les pères ne parviennent plus à traîner jusqu’au lycée, avec les désastreuses conséquences que narre le film.